(26) DrômeJazz Action Valence

30/01/2020 – Naïssam Jalal Trio à Jazz Action Valence

La musique de « Quest Of The Invisible », est lieu de rencontre. Son écoute voyage au sein d’un jazz modal, au bord d’une discordance, au creux d’une harmonique. Nous entendons les sons retenus qui colorent notre solitude. Nous écoutons notre écoute qui consent à se mettre en mouvement, à se laisser conduire. La musique en public s’invente et le souffle des compositions de Naïssam Jalal parcourent un concert engagé par la vie.
Pascal Berne, programmateur de Jazz Action Valence ouvre, ce soir encore, le lien avec une musique, une esthétique, un jazz singulier.
« A Bordeaux, j’ai entendu la musique de Léo – le pianiste Leonardo Montanasa sensibilité, sa manière de jouer, sa rythmique, ses couleurs incroyables », dit Naïssam Jalal.
Alors, J’ai commencé à écrire. Je n’étais pas habituée à jouer en duo avec un pianiste. J’ai été étonnée, je n’entendais pas ce que je voulais faire, son jeu donnait un autre sens à mon discours musical. Ses couleurs me surprennent encore quelque fois.
« Pour cette musique, j’ai réalisé qu’il fallait un contrebassiste, on m’a proposé de rencontrer Claude Tchamitchian, nous avons joué dans la cour de son luthier à Aubervilliers et là c’était tellement beau… « .
Le concert puise aux passages. Nous voyageons d’un instrument à l’autre. Piano, contrebasse, flûtes et voix transforment nos espaces imaginaires. Pris par le rythme qui courbe le temps, nous nous laissons prendre par l’unisson. Happé par une ligne répétitive, l’air de la flûte nous frôle, la voix chante. A moins que nos oreilles ne s’enracinent dans la basse ou s’ouvrent aux notes du piano. L’inverse est possible, ils forment un trio: Quest Of The Invisible n’engage pas le point du résolu.
La douceur n’épuise pas l’énergie du pianiste, l’archet de Claude Tchamitchian rejoint la voix, la beauté de la musique est une finesse, un tremblement, un emportement.
Les harmoniques exceptionnelles de Claude Tchamitchian obtenues par une technique singulière d’archet et d’effleurement des cordes, le poids du toucher sensuel de Leonardo Montana, la musique de Naïssam Jalal, je pourrais les nommer harf. Ce mot en arabe désigne la lettre mais aussi le bord. La lettre pour dire, le bord pour se tenir en devenir…

Ont collaboré à cette chronique :

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