(38) Isère

08/02/2020 – « Mémoires sélectives », quarante années de jazz à Vienne au Musée Gallo-Romain

De jazz à Vienne il n’y a pas que Jazz à Vienne. Le conservatoire de Vienne est également très actif sur la scène jazz locale et souhaite commémorer à sa manière les quarante ans du festival. Ce n’est pas qu’un conservatoire de musique mais de souvenirs aussi. Et il va nous le montrer de fort belle manière.

Le concert donné pour cetet occasion par un nonet de professeurs porte le titre évocateur de « Mémoires sélectives ». Forcément, pas simple de survoler en douze morceaux les milliers d’artistes qui se sont produits au Théâtre Antique, sur les scènes de Cybèle ou ailleurs. Alors il est intéressant de voir quels thèmes vont être présentés.

Cela débute avec Minuano de Pat Metheny, abonné du festival, le guitariste n’est venu qu’une fois avec son « Group » c’était en 2002 année où il cassé la baraque avec l’album « Still Life » sorti quatre ans avant d’où est extrait ce titre très « fusion » où d’entrée de jeu Bruno Simon nous gratifie d’un somptueux chorus à la guitare.

Tynan Time d’Art Pepper, presenté lors de la première édition du festival en 1981 et lors de l’unique venue à Vienne du saxophoniste. Du hard bop aérien grâce notamment à la prestation au vibraphone de Fabien Rodriguez et à la petite section de trois soufflants.

On ne peut pas évoquer le jazz à Vienne sans mentionnerElla Fitzgerald (la chanteuse qui a donné son nom au lycée de l’agglomération) et sa chanson « signature » Mr Paganini qu’elle chantait dans quasiment ses concerts y compris au Théâtre Antique en 1982, et c’est bien sûr Frédérique Brun qui s’y colle, et ma foi fort bien.

Encore un autre habitué : Chick Corea avec son morceau Trance Dance de l’album « Eye of the Beholder », une fresque « épique » de son Electric Band de la fin des années 80 un des premiers monstres sacrés du jazz a avoir amené un nouveau public à cette musique avec apport de rock et d’autres (cf. quelques années plus tôt sa formation « Return to forever »). Pour l’occasion Christophe Lincontang va troquer sa contrebasse pour une basse électrique des plus vintage (du luthier new-yorkais Pedulla).

Retour « à du vrai jazz » nous annonce, non sans humour Philippe Khoury qui outre ses claviers fait office de maître des cérémonies pour introduire Miss BC des Jazz Messengers d’Art Blakey qui est venu à Vienne en 1983 pour la première fois. Morceau où Marc Chevalier à la trompette, Damien Gomez au sax alto et les percussionnistes Fabien Rodriguez et Nicolas Delaunay ont chacun pris des chorus très applaudis.

Pour rappeler George Benson que l’on découvre au Théâtre Antique en 1988, les profs ont choisi l’un de ses plus grands tubes The masquerade enregistré en 1976. Un duo magnifique entre Bruno Simon et la voix de Frédérique Brun.

Pour illustrer le genre jazz rock, Oops des Steps Ahead a été choisi pour rappeler ce concert d’anthologie en 1984 où Michael Brecker, Mike Manieri,  Eliane Elias, Tom Kennedy et Peter Erskine ont décoiffé le public du Théâtre Antique.

Puis arrive le « chouchou »de Philippe, le pianiste Michel Petrucciani et l’un de ses plus beaux titres : Brazilian like sur un arrangement de Bob Brookmeyer. Petrucciani a fait quatre passages à Vienne dont la première fois à vingt ans en 1982.

On ne peut pas évoquer Vienne penser à Miles (premier passage en 1984), ce sera fait avec Tutu de Marcus Miller écrit en 1986, encore un abonné de la programmation. Après un premier chorus de trompette avec sourdine on entend enfin le premier de Sébastien Chetail au trombone, puis Bruno Simon  » à la manière de » John Scofield.

Place ensuite à un autre trompettiste dont on se souvient d’une soirée complète 2009 en Roy Hargrove (premier passage 1992), le groupe a choisi Soulful.

Pour finir le set les profs ont choisi une formation qui nous avait filé une énorme claque en 2013 en fin de « all night jazz » les Snarky Puppy et leur titre lyonnais Gone under. Depuis on les a revu plusieurs fois avec toujours autant de bonheur.

Onze ce n’est pas un bon nombre alors au rappel on entendra une « sucrerie » Breaking away du regretté Al Jarreau. Dommage de conclure un concert si attachant avec ce morceau qui est loin de rappeler le génie de ce vocaliste.

Ces mémoires sélectives seront redonnées le 15 février au Trenteà Vienne, pensez à réserver, il n’y a que cent places.

 

Fabien Rodriguez: percussions ; Nicolas Delaunay: batterie ; Bruno Simon: guitare ; Christophe Lincontang: contrebasse ; Sébastien Chetail: trombone ; Marc Chevalier: trompette ; Damien Gomez: sax ; Frédérique Brun: voix ; Philippe Khoury: claviers, direction artistique.

Ont collaboré à cette chronique :

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