Ce ne fut pas un concert assemblage de cultures et de géographies, mais un voyage initiatique que nous offrit le quartet Malinga. Voyage initiatique en Méditerranée, non pas cette mer sillonnée par les peuplades du sud au nord, et de l’est à l’ouest, mais un véritable continent liquide aux rivages solidifiés, comme l’écrivit le poète marseillais Gabriel Andisio.

Almadía leur second opus, sorti le soir de ce concert, est le nom d’un radeau en rondins transportant des grumes de bois. Le titre est bien choisi pour un périple nostalgique et racinaire.

Quatre funambules sur cette embarcation musicale, tous multi-instrumentistes.

Doriane l’ingénue entre flûte et les improbables tablas, Rémi l’éclectique voyageur amoureux de toutes les cordes, Amine le rêveur  à la guitare entre les deux rives du Gibraltar, et Yacine le forçat aux doigts agiles et percutants.

Tout cela commence bien loin de ce continent, par la Colombie, morceau issu des voyages de Rémi, Como Pa Desenguayabar du chantre colombien Jorge Alaya Munoz. L’embarquement est festif. Chacarera MIlonguera prolonge sous forme de danse folklorique argentine cette traversée de l’Atlantique.

Avec Atar on pénètre dans le monde imaginaire de Paulo Coelho dans l’alchimiste. Des notes évanescentes, des artistes tout en retenue, mélangeant classique et rythmes traditionnels de ce qui fut la  lointaine Tyrrhénide.

C’est un si, tout en douceur, lumière sombre, ambiance intimiste nous conduit tout droit sur la place des Sablettes. Un pizzicato au bandolim pour imaginer les pas hésitants sur le sable chaud, un solo aux bongos ponctue cette promenade feutrée.

De Noche  voyage de nuit depuis l’Alhambra en intro par Amine,  se prolonge par la flute primesautière de Doriane dans la nuit saharienne, et diffuse ses senteurs d’oasis capiteux. Un retour en Andalousie, la guitare d’un Amine ivre de joie rayonnante distille un tango de la luna ; c’est du flamboyant intimiste à la manière mesurée de Paco de Lucia, avec l’appui du ravageur Yacine dans un solo effréné.

La valse à Rajasse, composition de Rémi, petit bijou d’art napolitain exporté vers Paris par bandolim interposé.

Puis vint le morceau de bravoure, un duo venu d’ailleurs, Doriane aux tablas indiens et Yacine aux cajon et derbouka. L’un et l’autre déambulent, chacun trouvant son cheminement à tour de rôle, puis le partageant avec l’autre. Leurs rythmes pimentés bondissent et rebondissent, se choquent et s’entrechoquent tout en délicatesse.

Tout le public est ailleurs, oubliant son quotidien

Doriane termine en nous donnant un digest de cours de tablas en sanscrit musical. On continue par un melting pot de musiques des rivages ensoleillés, des va-et-vient incessants entre rythmes qui se mélangent et se complètent comme dans askin sarabi du percussionniste turc Burhan Oçal, ou Samaï Sihr Al-Sharq (ou magie de l’orient, composition de Abd el Munïm el Hariri) et Zahra composition originale qui affirment leur foi en l’espèce humaine.

Santa Morena, valse choro, brésilienne de Jacob do Bandolim, nous fait retourner à la case départ, en route pour Carthagène.

 Bel exemple de cocktail arabo-turco-méditerranéen, que les magnifiques et talentueux musiciens de Malinga donnent à travers un message de fusion et de paix.

Le public est resté médusé, émerveillé par ce moment onirique.

 

Musiciens :

Doriane Mekki –Berrada : flute traversière, tablas

Rémi Cortial : guitare 7 cordes, bandolim,  cuatro, udu

Amine Mekki-Berrada : guitare flamenca, oud

Yacine   Sbay  : percussions, cajon, derbuka, bongos

 

Voir la critique du second album  par Laurent Brun https://www.jazz-rhone-alpes.com/almadia-du-groupe-malinga/

Ont collaboré à cette chronique :

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