Fervent auditeur et dégustateur des productions phonographiques de la chanteuse grenobloise depuis de nombreuses années (Cf. Chronique de l’album Life is sur le numéro de  JRA du 8 mars 2019), nous ne pouvions pas ignorer l’une des  rares escapades vers une scène lyonnaise de Grazzia Giu,  invitée du Bémol 5  pour cette soirée de la Saint Valentin,  dans une configuration intimiste avec le guitariste Claude Noventa  (auquel s’est joint pour quelques titres au cajon,  le propre fils de Grazzia, Baptiste venu faire une surprise à sa mère !) . En introduction au concert Grazzia nous précise que cette configuration lui permet de s’écarter de son répertoire habituel en quartet pour s’ouvrir  à davantage d’éclectisme où se côtoieront standards jazz, chansons françaises, titres pop et compositions personnelles parfois même inédites.

Dès le premier set, on est copieusement servi côté  standard avec entre autre What a wonderful world, Georgia on my mind, Over the rainbow et My Funny Valentine. A chaque fois la voix de Grazzia s’impose par sa souplesse et son impeccable phrasé, tout en laissant de larges instants à la guitare de Claude Noventa pour de délicieux chorus tout en picking ou en fingerstyle que l’on savoure avec  oreilles gourmandes à l’affût. Coté chansons françaises c’est Henri Salvador qui est à l’honneur avec Jardin d’hiver, (la composition de Keren Ann et Benjamin Biolay , reprises depuis par de nombreux jazzmen comme Jacky Terrasson ou Stacey Kent)  mais aussi le quasi classique Syracuse. Le public connaisseur écoute et apprécie. Pour le volet  compositions personnelles, Grazzia s’est tournée vers son album de 2008 Lost avec des relectures toutes  en délicatesse de Imagine the beginning et de The girl and her solitude.

Ce soir rien n’est laissé au hasard et derrière une apparente décontraction, le concert est soigneusement construit laissant dans chaque set une place à un instrumental pour  la guitare de Claude Noventa ainsi qu’à une excursion  exotique vers les accents des musiques brésiliennes.

Le deuxième set est tout aussi éclectique avec une large place laissée aux chansons pop qui ont toujours inspiré Grazzia à commencer par le Space oddity de David Bowie, un titre fort de son dernier album Life is, dont elle donne ici une version tout aussi habitée et personnelle que celle très arrangée qui figure sur l’album. Sting et Lou Reed seront également à l’affiche avec respectivement Roxanne et l’émouvant  Perfect day. Côté standards Michel Legrand est à l’honneur avec Les moulins de mon cœur mais aussi Prevert et Kosma avec Les feuilles mortes débuté en français et terminé en anglais avec au milieu un consistant et inspiré chorus de guitare. De la plume de Grazzia on retiendra notamment Pretend qui était un titre essentiel  de l’album du même nom en 2016. Pour le final c’est la chanson française qui est à nouveau mise en avant  avec deux compositions de Serge Gainsbourg que la chanteuse se réapproprie en y apportant sa touche de nostalgie, d’émotions et de délicatesse, tout d’abord  Je suis venu te dire que je m’en vais et en rappel La Javanaise que le public accompagne tout en respect et retenue.

Dans l’écrin du Bémol 5 et devant un public réceptif, Grazzia Giu a su imposer son jazz intimiste et  sobre mais aussi profond et personnel en puissant dans un répertoire judicieusement choisi. Grazzia, le public lyonnais est prêt pour vous revoir avec plaisir et pourquoi pas avec votre quartet la prochaine fois !

Ont collaboré à cette chronique :

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