(38) IsèreHiboubox

06/03/2020 – Dziano & Ranaldi au Hiboubox

Quand je suis « entré » dans l’équipe de Jazz-Rhone-Alpes.com, en 2013, officiait, en free-lance, le chroniqueur Tchen Ngûyen. J’ai lu nombre de ses articles, toujours bien tournés, érudits, véhéments, plein d’humanité. Il y en a un qui m’avait amusé : lors d’un débat-table ronde-séminaire sur le jazz, il s’offusquait qu’on puisse dire de cette musique qu’elle était « la » révolution esthétique du 20ème siècle. Et à citer tous les courants, primordiaux, les créateurs ou créatrices qui avaient œuvré pour bâtir une esthétique moderne. Le jazz, s’il est un art majeur, qui a su s’abreuver à tous ces courants-là, ne serait rien sans le blues, sans cet ancrage dans une histoire singulière, où se mêlent la rudesse des vies d’esclaves, la nostalgie du pays délaissé, la confrontation avec la culture des maîtres. Que l’on aime ou que l’on déteste cette musique, on ne peut échapper à la puissance de son langage.

Tomek Dziano en a saisi l’esprit. Il en connaît tous les codes, tous les recoins. Jouer le blues, comme jouer le jazz, cela déborde sur l’ordinaire. C’est un mode de vie, une façon d’être, une belle manière de colporter des chansons, traditionnelles ou modernes (Tomek Dziano joue aussi ses compositions) et d’attirer un public pour le faire participer à la liesse ou à la plainte. Tomek Dziano sait tirer de son chant une émotion qui fait mouche. Cela commence sans crier gare, dans une grande simplicité. Très vite, on est happé par les inflexions de la voix, par le discours de la guitare qui envoûte, par le rythme qui avance et grossit, sans faille. Son complice, le batteur Stéphane Ranaldi joue la complémentarité.

Chez les deux artistes, simplicité rime avec style, grandes nuances et subtilité. Ensemble, ils revisitent les standards en les dépassant. Blues lents à la John Lee Hooker, shuffle, ballades façon Jimmy Hendrix ou Robben Ford. Tout y passe et de bien belle facture. Le jeu aux doigts du guitariste est très sensible : marquer les basses avec le pouce, jouer les accords avec la pulpe, jouer en solo avec la pince. La main droite est sûre et il a une capacité à renouveler le discours sans jamais se répéter. Le blues prend des allures variées qui le hisse bien au-delà de ses assises. Au fur et à mesure du concert, passant d’un morceau feutré à des morceaux de bravoure où guitare et batterie se répondent et s’épousent, la sauce monte.

Le show est à la hauteur. Un power duo, sans effets, juste ce mélange de décontraction et de grande honnêteté. Un mode d’expression en phase avec notre époque. Du blues comme je l’aime avec un beau son. Que du très bon. Allez les écouter bientôt au Bémol 5 et affûtez votre manière de marquer le tempo, ça va donner.

 

[NdlR : Merci à Frédéric Leclercq, patron du Hiboubox,  pour les photos]

Ont collaboré à cette chronique :

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