(69) RhôneBémol 5

19/06/2020 – Fœhn Trio au Bémol 5

Ça fœhne au sommet !

Enfin !  Enfin libre de bouger et de renouer avec quelques concerts de musique live après des mois d’abstinence forcée. A défaut d’assister ce vendredi à la nuit du jazz italien aux Nuits de Fourvière (annulées), on s’est rattrapé de belle façon au Bemol 5 qui programmait pour trois soirs (jauge limitée oblige) le Fœhn trio venu présenter son nouvel opus Highlines. Invitation d’autant plus réjouissante que cet album qui nous a accompagnés de manière addictive durant le confinement est assurément parmi les quatre meilleures nouveautés de ce premier semestre pourtant foisonnant de belles sorties discographiques. Autant dire la musique qu’on avait hâte d’entendre en primeur pour ce tout premier retour au concert live. Soulignons qu’une fois de plus, et sans chauvinisme aucun, c’est encore une formation lyonnaise qui nous épate, après que l’on ait déjà salué l’hiver dernier les disques et concerts d’autres groupes issus de l’éclectique et talentueux vivier régional (pour mémoire Uptown Lovers, Supergombo, Bigre !, liste non-exhaustive…). En matière de jazz tendance électro, il faudra désormais vraiment compter sur Fœhn trio qui, après l’excellent Magnésie qui les a révélés, entre à mon sens avec Highlines dans la cour des grands en la matière, avec une stature internationale qui n’a rien à envier aux productions parisienne, voire de Londres ou New-York. 

Le Bémol5 a  toujours proposé le meilleur du cru, comme Fœhn trio va encore le prouver lors de ces trois soirées. On sent d’emblée la même envie de renouer avec du public chez les trois jeunes et sympathiques musiciens qui affichent leur bonheur d’être là. Christophe Waldner au piano et claviers, Cyril Billot à la contrebasse et synthé basse, et Kevin Borqué aux drums et machines rythmiques ont prévu deux sets soit dix titres dont huit tirés d’Highline auxquels s’ajoutent deux inédits (plus un troisième au rappel) qui figureront sur un prochain EP déjà dans les tuyaux, en continuité du riche nouvel album promis, espérons-le, à l’audience qu’il mérite. C’est dire la créativité foisonnante du trio, jamais inactif, comme le prouve le superbe « La Saison des Pluies » pondu durant le confinement qui verra ici sa première diffusion live après celle sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=3u5-27nPH10) et procure des frissons d’émotion. L’occasion d’affirmer aussi le virage et tout du moins l’esprit dans lequel va s’inscrire clairement le groupe à l’avenir, cette patte électro qui s’insinue dans leurs lumineuses compos, notamment sous la férule de Christophe Waldner, grand mélodiste qui allie magistralement piano romantique à l’élégance classique et sons très actuels de ses synthés qui font de leur jazz – dans la mouvance référentielle d’E.S.T- un bijou de modernité et de fraicheur actuelle. On ne re-détaillera pas ici toutes les plages exaltantes du disque interprété ce soir (voir la chronique ici https://www.jazz-rhone-alpes.com/cd-highlines-du-foehn-trio/) même si toutes nos préférées ont été interprétées avec un fougueux brio. La Barma à l’entame, qui évoque la recherche d’une cabane perdue dans la montagne, nous met d’emblée au parfum, où l’on voit le travail démultiplié du contrebassiste Cyril Billot qui à la fois tricote son manche dans la  rondeur, strie ses cordes à l’archet pour se substituer à un violoncelle, avant d’appuyer la fin du morceau par de profonds sons de synthé basse qui lui donnent une grosse ampleur. Avec Wolves, c’est la vaste palette de Christophe qui est à l’honneur après une intro aux sonorités aériennes avant que de nombreuses variations thématiques se succèdent pour s’achever sur de belles envolées de claviers aux réminiscences d’hier. Le flûtiste Joce Miennel (en featuring sur l’album) n’était pas là pour la sublime Danse pour Gaia qui n’en reste pas moins une petite merveille de chill-out avec ses synthés planants et sur laquelle c’est Kevin cette fois-ci qui fait montre, dans une puissance maîtrisée avec tact, de toute la dextérité de son jeu en jungle beat. Quel méga plaisir d’entendre enfin l’une des perles du disque, la fameuse Gnosienne n°1 de l’intemporel Erik Satie qui mieux qu’un autre titre est la plus belle démonstration du talent particulier de Fœhn trio. Ici comme sur Cyrus qui suit, on adore se laisser emporter dans les profondeurs creusées par la grosse basse synthétique, les volutes pianistiques et ce drumming saccadé et syncopé où le batteur nous rappelle le fameux lapin Duracell.

Un sillage plus électro

Le second set s’ouvre sur le nouveau thème précédemment cité, cette Saison des Pluies d’une beauté saisissante qu’on a déjà hâte de retrouver gravée, avant l’étonnante Vengeance de Madame Karle puis Camera Obscura qui donne lieu en live à de très beaux chorus de contrebasse. On est encore emballé par une autre compo inédite montée il a seulement quelques jours et dont nous avons la primeur, Same Horizons morceau d’esprit post-confinement qui augure le sillage électro que le trio va désormais continuer à labourer. Entre planerie en altitude et fulgurances appuyées, comme le merveilleux Old Ocean bouclant le set et qui réussit, malgré l’absence de la prépondérante trompette d’Erik Truffaz (également en feat sur le disque), à nous hypnotiser (à ce propos, il faut voir la beauté graphique du clip à l’esthétisme aussi scotchant que la musique https://www.youtube.com/watch?v=WPFg6-6_ws0). Au rappel, un inédit encore avec la jolie Ballade pour Romy composée par Christophe pour honorer la naissance de sa fille durant ce confinement fertile, comme un second bébé dans la foulée du disque. Autant dire qu’en quatre-vingt minutes, Fœhn trio a confirmé en direct l’immense potentiel qu’ouvre ce bien nommé Highlines et nous nous réjouissons par avance de savoir que certains grands festivals à venir ont maintenu sa programmation, du CosmoJazz de Chamonix chez tonton Dédé bien sûr (Manoukian produit le trio sur son label Mad Chaman) au Nancy Jazz Pulsation à l’automne. Nous allons avoir encore longtemps de quoi être fiers et optimistes quant à l’avenir de nos fabuleux musiciens lyonnais.

Ont collaboré à cette chronique :

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