(69) RhôneSuperspectives

08/07/2020 – François Mardirossian à Superspectives

« Superspectives » est un nouveau festival hétérodoxe axé autour de la musique contemporaine qui se déroule dans un coin de paradis un tantinet secret comme Lyon sait si bien nous les proposer.

La maison Lorette est une congrégation encore en activité sur les pentes de Fourvière. Un jardin vaste et calme, une vue imprenable sur la ville de Lyon et le Mont Blanc qui s’est dévoilé au début du concert.

Le principe est simple, l’après midi on se retrouve pour des écoutes de vinyles ou des conférences, et le soir place à un concert en petite formation en plein air sur la magnifique terrasse de la villa.

L’édition 2020- qui aurait dû être la seconde édition de  « Superspectives »- aura été pas mal bousculée mais propose quelques soirées avec du jazz dedans dans le cadre de ce « Non-festival ».

La semaine passée François Mardirossian rejouait le fameux « Köln concert » de Keith Jarrett. Ce soir, le jeune et talentueux pianiste présente un répertoire de morceaux « minimalistes » en évitant Glass, Reich, Adams, Nyman et Pärt, une sorte de gageure. Samedi, Mario Stantchev proposera son hommage à Thelonious Monk.

La musique « minimaliste » est un courant né dans les années 60 aux Etats-unis qui se caractérise par l’emploi de répétitions sur lesquelles se greffent des variations plus ou moins importantes (pour faire court). Le terme « minimaliste » ayant été inventé par l’un de ses acteurs, Michael Nyman.

 

Donc ce soir, à l’exception d’un certain Brad Mehldau, tous les compositeurs programmés nous sont inconnus. Que de la découverte ! François Mardirossian nous explique  comment il a  travaillé ce répertoire dit « minimaliste » pendant le confinement du printemps, le concert du soir étant une sorte de restitution de ses trouvailles.

 

Ce n’était pas au menu mais le set débute par un thème d’Ennio Morricone issu de la B.O. de « Cinéma Paradisio », il fallait bien rendre un hommage à cet immense compositeur qui nous a quitté il y a quelques jours.

 

De Sorabji musicien anglais d’origine indienne, un thème autour du Dies Ire : Sequentia Cyclica, morceau présenté comme « taciturne » et il y en aura d’autres !

 

De Ten Holt Aphorisme n°2 qui se veut un pastiche de la musique romantique et qui y ressemble fort.

 

De Frédéric Lagnau Carrément Rondement qui débute par une improvisation comme l’apprécie le compositeur.

 

De Dominique Lawalree un morceau qui affiche d’emblée la couleur Taciturne.

 

De Brad Mehldau, Remembering before all this  est une pièce issue de son album composé durant le confinement et qui trouve tout à fait sa place ici ce soir.

 

De Boudewijn Buckinx on découvre l’Adaggio (the famous one of course) , un compositeur flamand qui est un maître du genre, mélangeant simplicité et subtilité des palettes d’harmonies.

 

Après une courte pause le concert reprend dans la bonne humeur sur une improvisation autour d’un thème du compositeur arménien Komitas.

 

On passe par un musicien français, Denis Levaillant et l’une de ses Piano songs.

 

Pour finir, il reprend un thème sans titre de 1980 du hongrois Ervin Nyíregyházi (« l’homme aux onze femmes). « Il ne se passe pas grand chose mais il y a tout » nous explique le pianiste, et c’est ce qui fait le charme de ce style de musique qui peut  présenter un caractère répétitif et extatique mais cache des trésors de subtilité à celui qui veut bien les entendre.

Comme il se plait à le dire avec malice, François Mardirossian nous a offert un concert « sans virtuosité forcée, avec peu de notes » … mais les essentielles.

Rappel sur un morceau de Randy Newman de la B.O. du film L’éveil (1990,de Penny Marshall)  avant de nous séparer à la nuit tombée.

Ce « non-festival » bricolé par dépit après l’annulation de la seconde édition de « Superspectives » est une réussite car il propose une programmation haut de gamme qui permet à un public jeune et large d’en bénéficier.

Ont collaboré à cette chronique :

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