(69) Rhône

15/07/2020 – François Dumont d’Ayot & Attilio Terlizzi Duo pour « Tout l’Monde Dehors »

Endroit inhabituel pour un concert, ce jardin de la Visitation est une ancienne possession de l’Eglise qui a vendu le bâtiment pour en faire un hôtel de luxe et son jardin est resté ouvert aux Lyonnais. Étrange proximité entre berlines haut de gamme et gones courant dans les jeux du parc.

Le festival « Tout l’Monde Dehors » a eu la bonne idée d’y programmer l’un de ses rares concerts de jazz.

Le duo  de ce soir propose son premier concert en public depuis le confinement. Autant dire que les deux musiciens François Dumont d’Ayot et Attilio Terlizzi sont quasi émus et heureux de participer à cette programmation de « Tout l’Monde Dehors » que la Mairie a maintenu en adaptant l’offre à la « crise ».

Les consignes sanitaires sont respectées et l’on peut assister en toute quiétude à ce concert. Ouf !

Cela débute par Sanza. Évidemment les arrangements ont été retravaillés pour une batterie et un sax soprano.

On change d’univers avec un Caprice de Paganini vous savez ce formidable violoniste qui avait un diable dans son instrument. Ici le diable est rouge avec le baryton de François Dumont d’Ayot.

Pour Naïve, une gigue toute en délicatesse, François Dumont d’Ayot embouche sa flûte traversière, l’un de ses instruments préparés sur scène. Le couple batterie et flûte n’est pas très courant en jazz (ou ailleurs) et néanmoins c’est un superbe dialogue auquel nous sommes conviés.

« Vous n’êtes pas sans savoir que nous sortons d’une crise terrible alors nous allons vous jouer l’antidote« … des fois que ça fonctionne (Pr Raoult si tu nous entends …). Morceau joué avec le fameux Conn’O Sax de François Dumont d’Ayot, un instrument rare (il n’y en a que dix dans le monde). Une antidote aux accents très free, on reconnaît bien là l’héritage de l’icône Roland Kirk si chère au saxophoniste.

On passe ensuite au stricth (sax alto droit) autre pièce rare de l’instrumentarium de Dumont d’Ayot pour une version toute douce de Fuji Yama de l’immense Paul Desmond. Une jolie évasion dans un monde aux portes des rêves.

Silky Way est un morceau « lyonnais » vif et rythmé comme les affectionne Dumont d’Ayot.

Avec Raven’s lament il ne manque pas de nous rappeler que la colline de Fourvière où nous nous trouvons s’appelait « la colline aux corbeaux » siège du dieu Lug qui donna son nom à Lugdunum, Lyon.

On reste dans les lyonnaiseries avec l’incontournable version du Chant des Canuts interprétée avec le soprano droit, le saxello. Prétexte à une improvisation très libre en rapport avec les valeurs portées par la chanson.

Le duo ne reculant devant aucun sacrifice fait un passage par Berlioz et sa Villanelle qui ne laisse pas de surprendre ici, surtout au sax baryton joué d’une façon très martiale que l’on n’est pas près d’entendre à la Côte Saint-André.

Le coffre du mort est inspiré de l’île au trésor de Stevenson puis L’olive par Petrarque, une courte « estampille » jouée avec deux sax.

On reste dans la culture avec Seneque’song qui achève ce court concert.

C’était la première fois que nous entendions ces deux musiciens dans ce format atypique et je dois dire que l’alchimie  fonctionne bien. Une grande écoute de part et d’autre, des dialogues complices. Que du bon.

Ont collaboré à cette chronique :

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