(26) DrômeCrest Jazz Vocal

07/08/2020 – Sylvain Rifflet en solo et YOU au « Zèbre sous les platanes » à Crest

J’ai bien cru que je n’allais plus savoir rédiger une chronique de jazz après ce long confinement ! Finalement, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. En tout cas, c’est mieux de se retrouver à un vrai concert, avec des vrais spectateurs qui écoutent des vrais musiciens, plutôt que de regarder des concerts sur internet.

Crest Jazz, qui a changé de nom et d’identité visuelle pendant le confinement, a eu la bonne idée de maintenir un petit festival de trois soirées cet été dans la cours de l’école Royannez où se déroule habituellement les stages de chant.

Ce n’est pas l’Espace Soubeyran bien sûr, mais c’est mieux que rien et cela fait du bien d’écouter de la musique vivante. De plus, cela nous ramène en arrière à l’époque où le festival se déroulait ici en centre-ville. Les plus anciens se souviennent peut-être aussi des « Jam’s Défarde » Ces soirées se passaient aussi dans la cours de l’école, et l’on pouvait manger la Défarde, le plat local en écoutant de la musique. C’est lors de la « Jam’s Défarde » qui accueillit Lavelle que votre serviteur confesse qu’il a vécu sa première révélation et émotion musicale.

 

Cette première soirée du Zèbre sous les platanes de l’école Royannez débute avec Sylvain Rifflet en solo au saxophone, clarinette et shruti-box. Le saxophoniste propose un set intimiste avec une sonorité de hanche soyeuse pour cette nuit d’été. Il s’accompagne de de quelques effets de sonorité avec sa machine et des percussions telles que des clochettes, des grelots et shruti-box (sorte d’harmonium à soufflet). Avec le shruti-box il obtient en particulier un bourdon qui rappelle la musique des Troubadours pour nous présenter son projet en solo inspiré de musiques médiévales. Sylvain Rifflet précise qu’il s’agit de l’une de ces inspirations. Il en a d’autres telles que Jean-Sébastien Bach, Moondog ou Jimmy Rawls, le pianiste de Stan Getz pour une interprétation de The Peacock. Il se lance également dans une adaptation très libre de Que reste-il de nos amours. Ces multiples influences confirment une culture musicale vaste et riche, on pourrait qualifier avec facilité que le musicien joue un jazz « musiques du Monde ». Il nous emmène également dans son univers avec ses compositions personnelles. Ses ajouts de sonorités habillent et accompagnent ses improvisations avec lesquelles il alterne les mélodies et les rythmiques. Sylvain Rifflet nous confie qu’il a vécu le confinement dans la Drôme (à La Motte-Chalancon), et qu’il ne sait pas s’il pourra repartir. On le croit sur parole, tellement il parait à l’aise sur la scène du Zèbre sous les platanes.

 

La soirée se poursuit avec le trio YOU pour un nouvel univers musical. Isabel Sörling à la voix, Guillaume Magne à la Guitare et Héloïse Divilly à la batterie évoluent dans un registre qui mêle les sonorités pop et rock avec de l’improvisation jazz. Nous ne sommes pas complètement dans un style jazz-rock traditionnel, même si la guitare sonne rock avec des improvisations alternant fluidité et saturation et la batterie résonne jazz avec des accompagnements aériens souvent aux balais pour ajouter de la douceur. La voix de la chanteuse s’exprime dans plusieurs dimensions. Parfois avec des onomatopées rappelant Robert Wyatt s’accompagnant à la batterie. Plus loin avec un scat mélodieux aux influences africaines où la chanteuse est soutenue par les cœurs de ses partenaires, ce qui donne une impression de chorale. Sur le chant en anglais d’un poète Irlandais, sa voix se fait planante, fragile et folk où l’on croit discerner l’influence de Nike Drake. Avec le soutien de la batterie, la chanteuse et le guitariste entrent en dialogue, alternant envolées lyriques et effets planants. Les platanes ont frissonné ce soir entre les excursions dans la saturation et envoûtement des loops de la voix.

Ont collaboré à cette chronique :

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