(38) IsèreHiboubox

22/08/2020 – Michel Fernandez Quartet au Hiboubox

Le Vercors est une terre de résistance qui sait s’adapter aux situations difficiles. Il en faut du courage pour maintenir à Villard-de-Lans, une programmation musicale quasi quotidienne en cette période de disette culturelle. Fred Leclercq a cette force. Il propose une programmation éclectique et chaque soir (sauf le mercredi),  les musiciens s’accordent et jouent sur sa minuscule scène. Ils y retrouvent la sensation presque oubliée de la chaleur procurée par les applaudissements d’un vrai public.

Ce soir, le Hiboubox accueille le quartet de Michel Fernandez, saxophoniste lyonnais. C’est un  habitué (voir ma chronique de 2018), tant son univers musical sans frontière colle au lieu. Avec lui, le trio inoxydable du Magnetic Orchestra, machine fusionnelle qui produit le meilleur du jazz depuis près de dix ans sur toutes les scènes rhônalpines. Nicolas Serret (batterie) et François Gallix (contrebasse), section rythmique implacable et Benoît Thévenot (piano), alter ego soliste de Michel.

Ils sont venus présenter le nouvel opus du quartet « Sans Frontière » (voir l’excellente chronique de l’album de Gérard Brunel). Ambiance arabo-andalouse avec Bird Boy ou plus africaine avec la Forêt de Bougarabou, le chant  du saxophone (soprano pour la première et ténor pour la suivante) vient chercher en nous des émotions que les plateformes de streaming n’avaient pas réussi à garder vivantes. Les chorus de Michel et de Benoît s’enchaînent, ce dernier nous invitant à voyager sur de longues nappes de notes de piano très inspirées.

Cette musique est compacte, tonique, exigeante, parfois gaie ou violente. François Gallix en descendant de scène pour la pause le dit : « c’est sportif de jouer avec Michel ! »

On sent le public surpris, ému de ressentir à nouveau des émotions un peu enfouies. On se sent un peu coupable de ce plaisir, comme lorsqu’on dévore un steak sans retenue après une grosse randonnée. Si ça fait du bien, pourquoi s’en priver ?

François Gallix reprend seul à la contrebasse pour un long chorus très inspiré sur Duende. Dès qu’il donne les premières notes de la ligne rythmique de Brazza, le quartet se remet en place et c’est reparti pour un deuxième set. Le public bat la mesure, les regards s’allument de plaisir, les enfants dansent devant la scène, est-ce tout serait redevenu normal ?

Malheureusement, non. Il faut remettre un masque pour rejoindre la voiture, se désinfecter les mains … pour combien de temps ? Mais la lueur d’espoir est là et c’est grâce à des résistants comme Fred, Michel, François et Benoît qu’on retrouve le plaisir de la musique vivante, la seule qui vaille vraiment la peine d’être vécue.

Ont collaboré à cette chronique :

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