(69) RhôneJazz à Cours & à Jardins

05/09/2020 – Julia Kadel Solo à Jazz à Cours et à Jardins

Pour sa seule date française, c’est en solo que la pianiste berlinoise Julia Kadel revient au festival (voir la chronique de 2017) pour conclure la première journée de cette neuvième édition. Baptisée « Jazz’n the trees », cette soirée n’a pas usurpé son appellation tant il est vrai que nombreux sont les arbres et arbustes ayant pris racines au flan de la colline du jardin du CNSMD, quelques rosiers poussant même la coquetterie en prolongeant leur estivale floraison. La fontaine coule côté cour, concurrençant la circulation du quai de Saône. Côté jardin, seuls le bruissement discontinu des feuilles sous la brise et quelques cris sporadiques de corbeaux et corneilles oseront se mêler aux notes du demie-queue Bechstein qui trône sur une pelouse plus habituée à la musique classique…

 

Julia a choisi de faire corps avec le piano. Sa chevelure, naturellement blonde, est assortie au cœur de l’instrument. La blancheur immaculée de son polo évoque l’ivoire des touches. Veste, pantalon et chaussures noires ont la rigueur du meuble, des dièses et des bémols. Elle dépose ses partitions sur le cadre et entame le concert par une longue composition récente. Dans la langue de Molière, elle nous présente la première qui évoque l’empathie en imitant le violoncelle et annonce que « La deuxième pièce, c’est la dépendance. » Elle la commence debout pour jouer à la fois sur le clavier et sur les cordes. Plus alerte que les précédents, le troisième morceau n’a pas encore de titre et Julia donne rendez-vous à la fin du concert à ceux qui auraient des idées ! Sens du temps et son ostinato s’inscrirait plutôt dans la lignée d’un Philip Glass. Elle dédie Tranquille à ses amis lyonnais, la composition lui ayant été inspirée par les « tranquille » qui répondaient à ses « comment ça va ? » et on l’imagine se baladant… tranquillement…  dans les rues de La Croix Rousse… Emportée par son élan, elle enchaîne sur une sixième pièce  dont elle nous laisse tout imaginer. Elle se lève, salue le public enthousiaste, s’improvise une loge imaginaire avant de reprendre le micro pour annoncer l’écho,  ultime morceau composé en mémoire de son grand-père.   Elle remercie le public, l’équipe de sonorisation et l’organisation avant de nous souhaiter une bonne soirée…

 

Quelle belle fin d’après-midi nous a offerte cette jeune pianiste aux initiales prédestinées (son compatriote Joachim Kühn ou l’oncle d’Amérique Jarrett Keith, tous deux rompus au piano solo) ! La fidélité du partenariat avec le Goethe Institut, la douceur vespérale, l’écrin de verdure du CNSMD, la  belle écoute d’un public nombreux conquis par la musicienne tirant le meilleur de  l’instrument mis à disposition par Bietry Musique et parfaitement sonorisé, tout a concouru à la réussite de ce concert.

 

Il y a tout juste un an sortait Kaskaden , sur le label allemand MPS,  le troisième album du Julia Kadel Trio qui se conclut par Tranquille.

Ont collaboré à cette chronique :

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