(38) IsèreJazz Club de Grenoble

24/09/2020 – Jean-Philippe Bruttmann Trio au Jazz Club de Grenoble

Et bien pour l’instant, ça tient! Ça tient au Jazz club de Grenoble grâce au dévouement des bénévoles, parfois à leur formalisme sacerdotal, au désir du public de partager de la musique avec des musiciens qui piaffent. Heureusement qu’il y a de la vie !

Des musiciens qui  se réjouissent de jouer en « bis » le concert entier ; car le vidage de moitié de la salle pour les raisons que vous savez ou ignorez, oblige à organiser deux concerts le même soir !

Des musiciens qui humorisent, qui ironisent, mais qui jouent du feu des Dieux.

Les Dieux en l’occurrence ce sont: Manitas de Plata (Alias Ricardo Baliardo ou encore « petites mains d’argent ») d’abord, rencontré par Jean-Philippe Bruttmann (guitare et voix)…à la Grande Motte ou campèrent, avant les promoteurs, des gitans adorateurs de la Vierge. Et c’est son frère aussi Hippolyte Baliardo qui accompagne plus de trente ans Jean Philippe. Et puis c’est la révélation, la lumière du ciel: Paco de Lucia qui innove, invente, renouvelle une tradition exceptionnelle, lyrique, virtuose, émotionnelle de guitare flamenca.

Et puisque définitivement les Dieux sont tous au firmament, Jean-Philippe se nourrit de cette amitié, de cette culture, de ce feu qui l’embrasa très tôt, poursuit la route, trace le sillon, approfondit son art avec virtuosité, fougue et fidélité.

Avec d’autres aussi, et non des moindres qui sont venus l’accompagner ce soir : Fabrice Bon (à la flûte traversière, à la clarinette, au hautbois -notre « caution jazzistique du soir, en quelque sorte*)) un complice de longue date (et quel flûtiste! Une grande improvisation en solo nous montre la qualité du son et l’art du musicien) ; et surtout le guitariste, claqueur de mains et chanteur somptueux Nino Rosette-Garcia.

Et ça tient sacrément bien ce soir encore : Le « trio Folia Flamenca » par la grâce des deux guitaristes surtout enflamme nos cœurs, avec des titres venus de plusieurs disques enregistrés par Jean-Philippe Brutmann. L’un où il invita Hippolyte Baliardo ( ah! le rythme de la buleria dans Pomaria !)

L’autre où il fait entendre Sharon Sultan, CD nommé « Macadam Paseo », comme une invitation au voyage, comme un rappel que la condition première des hommes n’est pas la sédentarité, et que la grande santé se nourrit des grands espaces et de profondes inspirations.

Alors si vous aimez la musique flamenca, la rumba, les tangos les buleria, la vie quoi, et voulez être tout à fait iconoclaste en ces temps de sécurité mal pensée et de frilosité mal vécue, JP Bruttmann est un bon client.

 

* nb pour les oreilles fines: il y a bien du « jazz  » dans les harmonies de Bruttmann comme dans celles de Paco de Lucia, dans les phrasés aussi : j’y entends même une phrase à la Herbie…

Ont collaboré à cette chronique :

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