(38) IsèreEsplanade Saint Vincent

20/10/2017 : Minor Sing à l’Esplanade Saint-Vincent à Vienne

Hourra, l’esplanade Saint Vincent à Vienne ouvre à nouveau ses portes et joue à guichet fermé, pour notre plus grand bonheur.

Les doigts courent, dessinent des silhouettes géométriques, qu’on pourrait imaginer comme des lignes de chaleur, luminescentes.

Elles décrivent la forme des accords, toniques, septième, quinte et substitutions, et toutes les appogiatures, notes de passages, renversements, fioritures et autres gammes majeures, mineures mélodiques ou altérées.

Elles prennent des teintes bleutées, parfois rouge braises. De temps en temps, un point vert, seul, puissance d’une seule note, insistante, qui vient effacer la force hypnotique des lumières précédentes.

Les mélodies s’allument et empruntent des couleurs tendres et chaudes.

La musique manouche est une musique de couleurs et de formes. L’assaut des traits endiablés de la guitare et du violon n’est que suggestivité. Elle nous plonge immédiatement dans l’irréel, le poétique. Un jour, un ami me disait qu’il éprouvait une certaine fierté à l’idée qu’un français, d’origine gitane, Django, ait inventé notre Bebop à nous.

Il y a un peu de tout cela dans la musique de Minor Sing : de la couleur, des luminescences, du bop, du poétique. Seulement le groupe ne se contente pas de faire du manouche (prononcer « Man-nouche », à la manière de Ninine Garcia) car aucun de ces quatre valeureux musiciens ne vit la vie de Bohême. Le groupe va au-delà du genre. En cela il met ses pas dans les traces des doigts de l’homme dont fait partie Yannick Alcocer, ou encore dans cet autre groupe lyonnais Escarmouche. (À moins qu’ils n’aient été les précurseurs). La part belle est donnée à la composition et même si l’habillage relève de la tradition, le cœur sans doute aussi, l’intérieur musical est encore plus beau : les arrangements sont fournis (véritables dentelles et arabesques sur la foule, Caballero), la vélocité est omniprésente (Soapin’with Minor Sing), la beauté des mélodies (Split, Leila’Mood) est frappante, les placements rythmiques sont audacieux (Duc’s Place, the Bucket, Mrs MC), l’énergie prend aux tripes. La tension de la nouveauté (le répertoire date de 2017) est à peine palpable. Juste un signe de croix comme un trait d’humour avant de se lancer à corps et à cœur perdus dans la mêlée poétique de ces instants chavirés, avec une assise rythmique délicieuse. Et mon esprit n’en revient toujours pas. Il est accroché encore en ce moment quelque part dans le no man’s land des poètes. Peu de groupes ont cette capacité-là à vous faire voyager et savent le faire si bien.

(Laurent Vincenza, Yannick Alcocer: guitares ; Jean Lardanchet: violon ; Sylvain Pourrat: contrebasse)

Ont collaboré à cette chronique :

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