(38) IsèreJazz Club de Grenoble

26/10/2020 – Le Jazz Club de Grenoble garde le cap

Dans « Mort d’un guide » Michel Servoz tourne en rond dans sa cuisine parce qu’il est interdit de guidage après l’accident qui a coûté la vie à son compagnon. Sa femme le voyant regarder le Mont-Blanc, lui dit, à propos du  « métier »: « on n’a pas besoin de ça pour vivre ». Jacques Ertaud le réalisateur, lui fait répondre « Oui, mais j’en ai besoin pour exister!« 

Si les musiciens, et les jazzmen en particulier sont, à leur façon des « premiers de cordée » qui préfèrent être consultés sur les sommets qu’ils souhaitent gravir, ils jouent leur vie et leur existence sur la scène, dans un dialogue avec le public.

Très conscient de cette responsabilité (permettre au musicien de vivre et d’exister par le concert) le Jazz Club de Grenoble avec persévérance et ténacité, parvient pour l’instant, tout en faisant respecter un protocole sanitaire strict et nécessaire, à passer à travers le maillage serré des restrictions d’autorité, en matière d’interdiction, couvre-feux et autres joyeusetés paraît-il indispensables ici, critiquées là et ignorées ailleurs même quand la situation n’est pas pire.

C’est ainsi que le dernier concert du jeudi 22 octobre a été arraché in-extremis à son annulation pour cause de circulaires préfectorales, grâce au dévouement de quelques bénévoles acharnés, au travail et à l’initiative de son Président : une lettre adressée directement à la Préfecture indiquant que toutes les conditions étaient requises pour l’ouverture de la salle. L’autorisation fut donc accordée par une Préfecture qui fut la plus réactive des interlocuteurs du Jazz Club

 

Ne fanfaronnons pas. Les « gaulois réfractaires » sont fort disciplinés mais coriaces, dans leur recherche des possibilités d’assurer la mission culturelle qui est la leur.

Vous avez dit « Exister »? Mais exister, c’est résister (cf l’écrivain Stefano Massini/ intervention télévisée), de même que dans les conditions les plus extrêmes, résister c’est  la condition de la survie.

Sartre, Maldiney, après Heidegger ont bien mis en lumière le sens étymologique du terme existence: « ex-sistere »c’est se tenir « hors de », à l’avant de soi, comme la proue du navire se tient à l’avant et fend les flots. Bref « ex-sistere », c’est être en « pro-jet », c’est à dire à l’avant de soi, dans une tension qui donne du sens au présent.

Non, le point de vue « sécuritaire » dominant -quand bien même il a ses raisons d’être- ne peut pas à lui seul motiver notre manière d’être. Pas plus que la soumission à des normes et le respect d’un « moule » préfabriqué ne peuvent donner du sens à notre vie. C’est parce qu’il brise son moule de graine ou de gland, que le fuit peut donner une plante, un arbre qui a son tour donnent des fleurs et des fruits: « la fleur est réfutée par le fruit », pour reprendre la métaphore philosophique. La permanence d’un patrimoine génétique  dans ces métamorphoses, ne peut interdire l’explosion des formes, couleurs et  saveurs!

La résistance se motive donc par le projet, et le Jazz club de Grenoble, très sagement se plie aux injonctions du moment … et affûte le sien.

Bien-sûr chaque concert coûte de l’argent et un équilibre financier est essentiel. Aussi, tout en maintenant ses prochaines dates, jusqu’à la limite du possible (les concerts des prochains jeudis sont maintenus, ainsi que la jam du dimanche après midi 15 novembre, et s’il le faut annulés deux jours avant, mais s’il vous plaît n’annulons pas à l’avance et par peur de l’avenir. La peur est mauvaise conseillère et mauvaise d’ailleurs pour notre système immunitaire.

Tout en maintenant ces dates donc, le Jazz club propose…une souscription (crowdfunding) qui devrait aider au financement et à l’équilibre budgétaire de la saison 2020/2021.

Ont collaboré à cette chronique :

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