(38) IsèreJazz Club de Grenoble

27/05/2021 – Gaspard Baradel Quartet au Jazz Club de Grenoble

Ce jeudi 27 mai se tenait au Jazz club de Grenoble le deuxième concert depuis la reprise, avec le Gaspard Baradel Quartet. Et le choix de ce groupe « émergeant » montre encore la pertinence des choix du club.

Un quartet coltranien, monkien, hancockien, plein d’énergie, j’avoue avoir craint un moment un orchestre un peu bruyant aux chorus interminables, joués d’abord pour le plaisir exclusif des musiciens, et sans égards pour les auditeurs ! Regrettable erreur!

J’ai entendu au contraire une musique inventive, construite, attentive au public et faite aussi pour le plaisir du plus grand nombre.

Il faut dire qu’ils étaient affamés de jouer en public les musiciens, après sept mois sans aucun concert, les deux «sets» (en fait deux concerts différents pour satisfaire un public réparti en deux moments de réservation, afin de respecter l’impérieuse et sacro-sainte «jauge» -Nb pas un cas de covid salle Stendhal; si les lieux de jazz étaient des clusters, cela se saurait). Et tous les quatre: Gaspard Baradel aux saxophones alto et soprano ; Josselin Hazard à la batterie ; Antoine Bacherot au piano et Cyril Billot à la contrebasse ont manifesté avec jubilation et enthousiasme leur plaisir d’être ensemble devant un public heureux de retrouver l’ombre et la fraîcheur de leur club de Jazz.

Une musique fraîche aussi, alerte, vive, poétique, un répertoire de compositions essentiellement (celles qui figurent sur le dernier CD enregistrés très récemment en novembre 2019 et janvier 2020, en deux sessions) dans le Tooptee studio de l’ami Pierre Baudinat à Lyon : Réverie, Childhood, Simoun’s song, Ballade. De belles compositions, bien construites, sans maniérisme. La personnalité de Gaspard s’affirme aussi dans la lumière de ses chorus, un vocabulaire parfaitement maîtrisé et clair qui évite les phrases interminables et répétitives, mais articule au contraire son usage et son jeu à l’harmonisation assez « pop » d’Antoine ( quelques clusters, non contaminants) et aux nuances de la rythmique. Josselin « challenge » sans arrêt le jeu du groupe et des divers chorus ? C’est un grand plaisir de vivre la communication entre les musiciens, et de sentir les relances incessantes du soliste par ce qui est beaucoup plus qu’un accompagnement. De l’improvisation certes- les chorus « déménagent » et font mouche- mais aussi des arrangements soignés et une cohésion d’ensemble qui frappe le public, dès les premières mesures: la poésie est ici formelle ainsi que dans la libre expression de chacun. L’énergie déployée, non en vain, non dispersée mais tenue, explosive et maîtrisée à la fois,  des éclats, mais pas de déchets (c’est un oxymore cette musique !)

Des tempi impaires, variables, comme les aiment les jeunes musiciens. Non ce n’est pas de la java soudanaise ni de la valse californienne, ni du tango clermontois (dans les pauses, les musiciens aiment bien délirer- cela change !) mais des ostinatos construits, des rifles maîtrisés, des soutiens rythmiques efficaces et heureux.

Ne vous y trompez pas. Ce quartet sait aussi jouer avec enthousiasme les standards et la tradition. Nous avons eu droit à un Cherokee fulgurant lors du premier passage, et dans le second, à un Bye bye black bird qui sentait bon la maîtrise du répertoire .

Bref, ils savent tout faire, et le plaisir est partout et pour tous!

Procurez vous vite, comme je l’ai fait immédiatement, le CD « Rêverie » du Gaspard Baradel Quartet

contact: baradelgaspard@gmail.com

Ont collaboré à cette chronique :

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