(69) RhôneJazz à Cours & à Jardins

04/06/2021 – Clément Hervo « Brassens in Jazz » à Jazz à Cours et à Jardins

« Brassens in Jazz » : Au premier abord, le titre de ce concert sonne comme une antinomie, un paradoxe. Au vu de cette appellation, tout le monde est en droit de se demander : « Mais qu’est ce que Georges Brassens a à voir avec le jazz ? ». A priori, rien… Mais quand on y réfléchit : la réponse n’est pas si simple. Brassens était déjà un grand fan de jazz. Dans certains morceaux, on reconnait l’influence de ce courant musical : les accords ne se succèdent pas toujours d’une façon monotone. Brassens sort justement de cette logique harmonique à laquelle on s’attend.

C’est précisément ce qu’a séduit Clément Hervo, alors jeune lycéen à Paimpol. Intrigué par l’omniprésence du sétois dans le paysage breton (il y avait un bar nommé « Les copains d’abord  » et aussi une rue Georges-Brassens car, pour ceux qui l’ignoreraient, GB avait acquis une maison de vacances à Lézardrieux), Clément a commencé à écouter les chansons du célèbre moustachu, et a été pris par la « magie ». Il a appris la guitare, a fait découvrir certaines œuvres un peu « lestes » à ses camarades d’internat. Et il n’a plus jamais quitté la sphère « brassénienne ».

Le 4 juin, le concert qu’il nous a proposé avec Julia Kallmann à la contrebasse et François Dumont d’Ayot au saxophone et à la flûte, était tout à fait dans cette lignée : célébrer le grand Georges qui aurait eu 100 ans cette année et qui a cassé sa pipe il y a 40 ans pour aller faire du « pédalo sur la vague en rêvant » ; mais aussi donner à ses chansons une tonalité plus jazz, et même plus rock.

Clément s’accompagne à la guitare de façon simple et lisible, il chante d’une voix claire et juste. Sa guitare et la contrebasse de Julia se complètent très harmonieusement. L’ensemble est rehaussé par les improvisations très réussies de François. Sur La Route aux quatre chansons, l’accompagnement à la flûte traversière embellit le morceau. Avec  le Bistrot, le solo au saxophone nous réchauffe le cœur et nous fait percevoir combien ces quinze mois sans concert ont été longs. La présence du jazz se fait également ressentir dans l’interprétation de La Princesse et le croque-note et surtout Les deux oncles qui fut, en son temps, une chanson très controversée. Là, avec l’impro très jazzy de François, les frontières s’effacent : la chanson devient un standard de jazz new-yorkais. A tout cela, s’ajoute la tonalité très rock, parfois un peu punk de l’accompagnement à la guitare de Clément qui redonne un coup de jeune à certaines mélodies : en écoutant La Mauvaise Réputation, on pense à Paco Ibañez qui a interprété cette chanson de résistance à Madrid en 1968 sous la dictature franquiste. La Non demande en mariage, très pêchue, très rock nous séduit également. Le public ne s’y trompe pas et fait une véritable ovation au trio qui a parfaitement réussi sa mission : célébrer Brassens, poursuivre son travail de fabuliste et le faire connaître auprès des jeunes générations. Pour un hommage, on ne pouvait  rêver mieux !

Ont collaboré à cette chronique :

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