(38) IsèreJazz à Vienne

26/06/2021- Chico César à Jazz à Vienne

Né dans l’état de la Paraíba, le journaliste, écrivain et poète Chico César est un artiste qui associe la sagesse populaire bien connue du nord-est du Brésil à la connaissance universitaire. Chico est une force de la nature… J’ai eu la chance d’écouter et chantonner ses tubes dès mon plus jeune âge. C’était émouvant de pouvoir échanger quelques mots avec lui avant le début de la soirée, dans sa loge.
Avec une entrée triomphale Chico César interprète Beradêro seul, dès les premières phrases le public comprend de qui il s’agit, Chico est un des géants de la musique brésilienne ! Avec son nouveau groupe il démarre sa tournée en Europe par le festival Jazz a Vienne. Le tube Mama África, l’un de ceux qui l’ont consacré au Brésil et dans le monde, fait lever le public brésilien présent qui occupe le bord de la scène, quelques secondes après la foule le rejoint et la température monte de quelques degrés et la scène répond. Natalino Netto, carioca, avec un groove unique sur sa basse Fodera pilote le battement de cœur des présents, Zé Luis Nascimento, originaire de Bahia, est un chef aux épices populaires et raffinées, avec son set « percutterie »* incontournable. Rodrigo Viana, originaire de São Paulo, fait chanter la guitare électrique en plusieurs langues, les trois font aussi le chœur aux côtés de Chico.

Ce dernier n’a pas du tout chômé pendant les périodes de confinements, il a travaillé énormément, des nouvelles créations, des textes en réponse à son positionnement politique deviennent des chansons. 

La nuit se déroule avec les plus grandes chansons du poète et celles composées avec ses partenaires, Zeca Baleiro, Andre Abujamra entre autres.

Le public demande un rappel, l’artiste répond oui, quelque danseuses brésiliennes qui s’étaient placées non loin de la scène fond un pas de plus et se retrouvent sur scène à côté de leur idole, il ne faut pas longtemps pour que l’exemple soit suivi par de nombreux autres spectateurs… La scène du Théâtre Antique devient un dancefloor, comme un « bloco de carnaval »** sur le rappel de Mama África qui clôt en apothéose une nuit incroyable.
Une fan pleure compulsivement consolée par quelqu’un à qui elle tente de décrire l’émotion d’avoir dansé avec son idole sur la scène de Jazz à Vienne.

C’était une soirée avec des artistes bien engagés, tous les deux ont manifesté et pris position contre l’actuel gouvernement brésilien, ce qui fait écho aux années de dictature militaire quand les professeurs et intellectuels ont été mis en prison, voire plus.

[Après la dictature militaire] on revit des jours où l’artiste doit par son art faire vivre la voix de la liberté et de la tolérance. Chico a déjà vécu ça avant et on voit chez lui un exemple à suivre pour la nouvelle génération.

La musique en tant qu’instrument de liberté trouve ici sa place.

*: il s’agit d’un idiomatisme brésilien qui désigne un mix de batterie et de percussions
**: troupe de carnaval semi-organisée

Voir aussi :


la chronique inspirée de Francois Robin sur son blog

Ont collaboré à cette chronique :

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