(38) IsèreJazz à Vienne

30/06/2021- Kyle Eastwood « Cinematic » avec Camille Bertault & Hugh Coltman puis Thomas Dutronc à Jazz à Vienne

Pas toujours évident de se faire un prénom quand on est fils de stars. En ce qui concerne aussi bien Kyle Eastwood que Thomas Dutronc, ils sont en train de relever le défi en imposant leur (pré)nom tant sur le plan médiatique qu’artistique, dans le domaine qu’ils ont choisi d’honorer. Pour Kyle Eastwood,  c’est en s’inscrivant dans le prolongement des  centres d’intérêt de son père qui a toujours essayé de tisser des liens entre cinéma, jazz et musiques de films. Pour Thomas Dutronc c’est en popularisant les liens qui ont toujours existé entre variété française et jazz comme l’ont fait avant lui un Henri Salvador ou un Sacha Distel.

Kyle Eastwood « Cinematic » avec Hugh Coltman & Camille Bertault

Devant un Théâtre Antique copieusement garni dans le respect des normes sanitaires en vigueur, c’est le quintet de Kyle Eastwood qui ouvre cette soirée entièrement tournée vers le dernier projet discographique du contrebassiste, son album de 2019 « Cinematic » dédié aux musiques de films (voir la chronique ici). Il est entouré d’Andrew McCormack (piano), Quentin Collins (trompette et bugle), Brandon Allen (saxophones), Chris Higginbottom (batterie) auxquels viendront se joindre pour quelques thèmes les voix de Camille Bertault et de Hugh Coltman.

Le thème choisi pour l’ouverture du concert est  celui de James Bond Skyfall. Ici pas d’Adéle  au chant mais quelques chorus bien appuyés et charpentés successivement à la trompette, au sax et au piano, par trois instrumentistes à qui on ne la fait pas… quand on a comme leader Kyle Eastwood.  Le concert se poursuit avec le thème du film de Clint Eastwood  « The eigher sanction » (1975) composé par John Williams immédiatement enchaîné avec le thème du film de Martin Scorsese « Taxi Driver » sur lequel s’illustre le soprano de Brandon Allen. Kyle Eastwood appelle Camille Bertault pour chanter la célèbre composition de Michel Legrand Les moulins de mon cœur à l’origine chanson du film « L’affaire Thomas Crown »  (1968) avant de connaitre le statut de standard mondial qu’on lui connait. Camille Bertault en donne une version tout autant marquée par la délicatesse que la passion. Le public est ravi.

Le voyage à travers les musiques de film se poursuit avec le thème de « Bullitt » écrit par Lalo Schifrin et  qui célèbre  autant Steve Mc Queen que la « cultissime » poursuite en voiture dans les rues de San Francisco en Ford Mustang. Les arrangements proposés par Kyle Eastwood tout en respectant le thème original s’inscrivent parfaitement dans celui d’un processus de traitement jazz aidé en cela par la virtuosité de tous les membres du quintet.  Ensuite c’est au tour de Hugh Coltman de venir évoquer un autre véhicule Ford, la « Gran Torino » du film éponyme réalisé par Clint Eastwood et dont Kyle a écrit la musique avec la contribution de Jamie Cullum qui ne se prive pas de conclure ses concerts avec ce titre. L’interprétation qu’en fait Hugh Coltman s’inscrit dans la même veine « crooner » avec toutefois un supplément de couleur blues. Là aussi le public savoure.

Camille Bertault revient et Kyle Eastwood saisit sa basse électrique cinq cordes, pour la reprise de la composition d’Henry Mancini pour le film de 1963 « Charade »  (avec Audrey Hepburn & Cary Grant) ; ici Camille Bertault  met en avant ses qualités de scat-woman .

Pour terminer le concert on reste en terrain connu avec encore un thème célèbre d’Henry Mancini La panthére Rose que le public chantonne avant d’ovationner le quintet qui revient pour un rappel placé sous le signe du blues le plus « roots » qui soit parfaitement adapté aux voix de Hugh Coltman et de Camille Bertault qui se régalent,  stimulés par les chorus bien écorchés et appuyés de chaque instrumentistes y compris Kyle Eastwood qui se prend ici pour Willie Dixon.

Une première partie enthousiasmante, parfaitement en place et qui valide totalement le projet de Kyle Eastwood de mettre en évidence les liens denses et solides qui existent entre les musiques de film  et le  jazz. On pourra le retrouver à l’automne lors du prochain Rhino Jazz(s) festival.

 

Thomas Dutronc «  Frenchy »

Publié en 2020 le projet « Frenchy » de Thomas Dutronc qui se propose de revisiter les chansons françaises  ayant fait le tour du monde, a bénéficié d’un important plan de communication mettant en avant  la large palette de guest -stars ayant été associées au projet dans lequel on retrouve Diana Krall ; Iggy Pop, Billy Gibbons, Youn Sun Nah, Stacey Kent , Jeff Goldblum… Sans être dupe sur l’objectif poursuivi , autant de contributeurs n’est  pas si fréquent  dans le paysage de l’ industrie musicale française… !  Ce soir à Vienne pas de guest-stars mais de solides accompagnateurs travaillant régulièrement avec Thomas Dutronc  au premier rang duquel le guitariste Rocky Gresset et le pianiste Eric Legnini appuyé par la contrebasse de Thomas Bramerie , la batterie de Denis Benarrosh et complété ce soir par une section cuivres avec Sophie Alour (saxophone) ;  Malo Mazurié (trompette) et Michael Ballué (trombone).

Le répertoire de la soirée puisera largement dans le projet Frenchy en commençant par deux quasi standards, Plus je t’embrasse  dont on ne compte plus le nombre d’interprètes et de versions, de l’américaine Blossom Dearie  aux françaises… de Lio à Henri Salvador enchaîné avec  Petite Fleur qui porte la marque ineffaçable de Sidney Bechet. C’est un épisode marqué par la danse, entre disco et swing, qui s’ensuit avant que tout le monde se retrouve en fond de scène autour du bar pour une séquence  dégustation (de Côte Rôtie…) savamment orchestré jazz manouche et reprises de Django comme Rocky Gresset et Thomas Dutronc aiment pratiquer en toute complicité. Retour à Frenchy avec Beyond the sea  (La mer) de Trenet où les flashs des smartphones illuminent les gradins pendant que les claviers d’Eric Legnini  brillent  de toutes leurs touches. C’est Thomas Bramerie qui introduit Ces petits rien de Gainsbourg.

Au fil du concert, Thomas Dutronc revisitera quelques un de ses succès Comme un manouche sans guitare, Sésame, J’aime plus Paris,  ou encore  Aragon sur lequel  enfin la section de cuivres prend toute sa place, avec notamment un solide et savoureux chorus de sax de Sophie Alour qui enthousiasme un public finalement en totalité debout…Comme quoi le message sur la levée de l’interdiction des concerts debout le 30 juin a été rapidement assimilé … !

Au final d’une soirée,  qui tant par la fréquentation, la levée de certaines interdictions et l’ambiance qui s’installe peu à peu sur les gradins, commence par rappeler les grands soirs du Théâtre Antique de Jazz à Vienne avant « l’ère COVID » … !

Ont collaboré à cette chronique :

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