(69) RhôneLes Nuits de Fourvière

01/07/2021 – Asaf Avidan & Band aux Nuits de Fourvière

Asaf, avidement !

Au bonheur de renouer enfin avec l’ambiance du live s’ajoute le grand plaisir d’y retrouver un artiste au charisme fascinant et parmi les plus singuliers de la scène internationale. Nuit magique.

De ces  fameuses Nuits magiques comme Fourvière sait nous en concocter depuis si longtemps. Evidemment, après un break forcé et totalement inédit de très longs mois sans concert, il était plus que temps de retrouver le plaisir du partage pour les quelque trois mille spectateurs réunis jeudi soir dans l’antre romaine de Fourvière. Et avidement, tant le manque de communion qui fait le charme du live avait démultiplié nos envies. Un retour à la « normale » d’autant plus excitant quand il s’agit de voir un artiste aussi étonnant et singulier qu’Asaf Avidan.
Quinze ans après son émergence sur la scène internationale, le chanteur et multi-instrumentiste israélien a eu besoin, à l’aube de ses quarante ans, de se retrouver lui-même et a profité de son confinement dans une ferme italienne transformée en studio pour concocter son septième album « Anagnonisis », une référence aristotélicienne à ce moment de la vie où il s’agit de se révéler sans fard. L’Ombrie choisie pour lever sa part d’ombre, en quelque sorte.

Quartet impecc

Dans un ample costume moutarde au pantalon à pinces digne des années 80 qui rappelle un peu le Cleet Boris de l’Affaire Louis Trio, le frêle Asaf prend possession de la vaste scène lyonnaise entouré de son tout nouveau band avec lequel il forme un quartet aussi simple qu’efficace, d’autant qu’à leur talent d’instrumentiste la claviériste Shelly Levy, le batteur Yoav Arbel et le bassiste Adam Sheflan ajoutent des chœurs du meilleur effet venant enrober la voix extra-ordinaire et si reconnaissable du leader. D’abord au piano qu’on lui amène au gré des besoins sur un plot roulant, Asaf Avidan enfourche une guitare électrique avec la même aisance pour faire groover un premier titre avant de revenir à l’univers bluesy et R&B qui le fait si souvent comparer à une Janis Joplin.

Le revival de la pop blue-folk

Entre falsetto particulièrement aigu et profondeur barytonne, la voix à la fois enfantine et écorchée du chanteur fait en effet toute la singularité du personnage, son grain totalement androgyne contribuant à la fascination qu’il exerce, et notamment dans de déchirantes balades entre néo-folk et gospel qui vous chopent d’autant mieux que le son dans ce théâtre de plein air est excellent. Prenant cette fois une guitare acoustique, Asaf Avidan poursuit son répertoire avec quelques titres typiquement pop-folk aux consonances souvent seventies voire sixties, parfois bluesy, parfois plus rock sympho, alternant douceur et fulgurances avec un naturel déconcertant, qu’il s’agisse de morceaux plus anciens ou parmi les nouveaux tels le typique single Lost Horse. On y trouve toujours sincèrement à la fois du sentiment et de la tripe, sans jamais pour autant en faire des caisses, ce que pourrait pourtant l’inciter à faire sa personnalité vocale hors-norme. Si les quinze titres -tous assez courts dans l’ensemble- s’enchaînent dans un fluide continuum, il faudra attendre son inévitable méga tube planétaire One day baby we’ll be old pour que le public jusqu’ici sagement attentif se lève et en entonne l’entêtant refrain en claquant des mains. On approche alors de minuit et du timing fatidique pour clore ce set très magnétique, à l’image d’un artiste généreux qui nous gratifiera de trois titres bonus en rappel, l’un en solo et deux autres franchement pop-rock. Et l’on se prend à rêver de ce que pourrait être le concert de ce quartet s’il était épaulé par un orchestre symphonique (comme d’autres l’ont déjà fait ici avec l’ONL par exemple) tant les compos d’Avidan s’y prêteraient d’évidence, dans l’esprit d’un Robert Plant (Led Zeppelin) auquel on a souvent pensé ça et là, et notamment sur un  des morceaux (j’ignore le titre…) plus rageux et tribal où Asaf frappe en saccades percussives un tambour électrifié.

Si magnétique est bien le mot pour qualifier cette prestation charmeuse, on ne peut clore ce compte-rendu sans évoquer aussi le magnétisme dégagé par le jeune croix-roussien Théo Charaf qui, au couchant, a plus qu’assuré la demi-heure de première partie. Seul entouré de ses quatre guitares au son spécifique, partagé visiblement entre décontraction et forte impression face à une foule si dense, le garçon de vingt-six ans passé du bar du festival où il a longtemps œuvré, au fronton de la grande scène, ne s’est pas dégonflé et a tout naturellement conquis l’auditoire, bercé nonchalamment comme au bord du Mississippi  par son blue-folk aussi intense en sonorités qu’il est dépouillé. Une voix au grain adéquat et un jeu de cordes subtilement maîtrisé dans ses respirations, quelque part entre Neil Young et Chris Réa, Théo Charaf va à l’essentiel des racines américaines de ce genre décidément en plein revival et le fait avec une fine justesse qui lui ouvre actuellement de belles perspectives d’avenir, ce qui est assurément mérité. On devrait sans aucun doute continuer à entendre parler de lui tant par son nouvel album que par ses prestations scéniques qui, comme ce soir, captent d’emblée l’auditoire.

 

 

[NdlR : Merci à Paul Bourdrel pour ses photos]

Ont collaboré à cette chronique :

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