(38) IsèreJazz à Vienne

04/07/2021- Conférence « Les pianistes à Jazz à Vienne »

Un festival  n’est pas qu’une somme de concerts. De nombreuses activités viennent le compléter : des expositions, des rencontres avec les artistes, des conférences.

Justement, Jazz à Vienne nous propose aujourd’hui une conférence avec son fondateur Jean-Paul Boutellier qui va évoquer les pianistes et le piano à Jazz à Vienne. Pour l’accompagner, il a choisi une figure sur cet instrument : Mario Stantchev, qu’on ne présente plus en Rhône-Alpes.

Elle se déroule dans le magnifique cloître de Saint-André-le-Bas, un endroit un peu secret où je mets les pieds pour la première fois en quinze années de Jazz à Vienne.

D’emblée Jean-Paul Boutellier nous explique que, sans le piano, le jazz n’existerait pas. Le jazz serait la synthèse des musiques d’Afrique et des musiques européennes.

Dans les plantations, le piano était un meuble (souvent peu utilisé) auquel certains esclaves avaient accès, bien qu’ils n’avaient pas le droit d’utiliser des percussions dont les autorités se méfiaient, les considérant comme des instruments de communication tribale.

Le premier pianiste de couleur était un jeune esclave, Blind Tom « Wiggins », qui était exhibé dans les foires pour le plus grand profit de son « maître ».

A la fin du 19ème siècle se développe un style de musique très codifiée : le ragtime dont la figure emblématique est Scott Joplin (1868 – 1917).

Cette musique va devenir populaire et être déclinée.

En 1917, les soldats afro-américains ont été confiés à l’armée française, et plus particulièrement les musiciens affectés aux hôpitaux militaires. A l’issue de la première guerre, les orchestres de ragtime ont défilé dans différentes villes de France, dont Lyon.

Plus tard le ragtime évoluera vers le « stride ».

Pour illustrer le propos, Mario Stantchev va devenir pour l’occasion un « pianiste de bar » qui joue sur commande et va jouer The entertainer (la B.O. du film L’arnaque) en ragtime puis en stride. On entend apparaître un soupçon de swing avec cette évolution.

Le ragtime a traversé l’Atlantique, Debussy et Stravinsky ont composé des ragtimes ou « cake-walk ».

Jean-Paul évoque ensuite brièvement deux pianistes, James P. Johnson et Jelly Roll Morton, comme « pères du piano stride ».

Dans la fin des années 20, avec le blues apparaît le boogie-woogie, l’ancêtre du rock’n’roll. Pour montrer la modernité du style, Mario joue Main gauche, une de ses compositions inspirée du boogie.

 

« Minute sociologique » : après la guerre de sécession, il s’est créé une bourgeoisie afro-américaine, surtout chez les jeunes femmes qui apprennent le piano notamment pour jouer à l’église. Ainsi ils ont découvert la musique et ils ont constitué un terreau fertile pour le développement du jazz.

Les premiers grands chefs d’orchestre noirs étaient à la base des pianistes formés. Count Basie, Stan Kenton… tous en capacité d’écrire et d’arranger de la musique.

Earl Hines aurait été le premier grand pianiste de jazz, soliste, qui a inventé le « piano trumpet » (une façon de jouer qui n’était pas sans rappeler celle de LA grande vedette de l’époque Louis Armstrong, alors qu’auparavant les solos de piano n’existaient quasiment pas).

Teddy Wilson et Art Tatum arrivent ensuite. Idem Nat King Cole, magnifique pianiste avant d’être chanteur. Il a inspiré le be-bop.

Il y a le cas spécial Thelonius Monk, pianiste et compositeur à part dans l’univers du jazz.

Par la suite, la quasi totalité des pianistes est passée par Vienne depuis 1981.

Mario souhaite évoquer Ray Charles, premier concert auquel JP Boutellier a assisté à Lyon, où il a joué uniquement du jazz en première partie à la façon de Bud Powell.

Mario commence sa série de courts hommages par Moonlight in Vermont que Ray Charles affectionnait particulièrement (une version très « stantchevisée » !).

Jean-Paul insiste sur l’importance de Ray Charles qui conciliait la musique populaire et la musique dite « savante ». Sur ce, Mario intervient et rappelle que la musique est un langage et qu’elle doit être pratiquée pour être véhiculée.

 

Hank Jones est évoqué avec I hear a rhapsody. Anecdote : Hank Jones était programmé en même temps que Wynton Marsalis. Jones faisait traîner sa balance car son piano (un Bösendorfer Imperial) lui plaisait et qu’il avait du mal à s’en détacher. Wynton a empêché les responsables de la scène de le faire abréger : « on n’arrête pas monsieur Hank Jones quand il joue ».

 

Le trio de tête des pianistes venus à Vienne :

  • Herbie Hancock : 15 apparitions
  • Chick Corea  :1 3 apparitions
  • McCoy Tiner : 12 apparitions, ce dernier a la préférence de Mario (Nous écoutons McCoy une composition de Mario et Search for peace)

Il passe ensuite à une évocation de son ami Michel Petrucciani avec une bossa de Jobim qu’il affectionnait. Jean-Paul rappelle l’anecdote de la rencontre avec Freddie Hubbard en 1981 (voir ici la seconde partie de la chronique de l’hommage à Michel Petrucciani).

 

Jean-Paul évoque ensuite Errol Gardner qui s’est imposé par son trio, un précurseur avant Oscar Peterson puis ensuite Keith Jarrett.

Ahmad Jamal est aussi une autre figure appréciée de Jean-Paul.

On passe ensuite à Milt Buckner, pianiste de Lionel Hampton qui a inventé le « block chord » et influencé Bill Evans dans sa jeunesse.

Mario reprend le micro pour citer Ray Briant et d’autres noms moins connus.

Mario, ému, joue un hommage à Herbie Hancock et une composition dédiée à Chick Corea.

 

Enfin Jean-Paul ne peut pas parler de piano à Vienne sans remercier Yves Dugas qui a fourni les pianos (des Bösendorfer) pendant plus de trente cinq ans.

La conférence s’achève par une composition de Mario Stantchev (Jean-Paul rappelle qu’il a joué en première partie de Dizzie Gillespie en 1981 au Théâtre Antique).

Quel plaisir de voir ces deux complices, passionnés de jazz, nous faire part de leurs connaissances et visions.

Ont collaboré à cette chronique :

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