(38) IsèreJazz à Vienne

05/07/2021 – Avishai Cohen Trio à Jazz à Vienne-

Après « Adama » pressé en 1998 sous la houlette de Chick Corea, l’album ‘’At Home’’ sorti en 2004 peut être considéré comme une excellente métaphore définissant la musique d’Avishaï Cohen, si tant est que l’on puisse l’exprimer par des mots, avec ce qui pourrait constituer l’une des définitions possibles du « jazz » : « une musique conçue selon son envie, reçue de telle façon que l’on se sente partout chez soi ».

Mais c’est avec « Gently Disturbed » sorti en 2008, qu’Avishaï Cohen se révèle triomphalement au public, trouvant le juste équilibre entre le jeu d’un trio puissant s’appuyant sur le pianiste surdoué Shaï Maestro avec le magnifique batteur Mark Guiliana, et le mélange de compositions délicates amalgamées avec un groove surpuissant. (voir la chronique du 18 mars 2008 à Montbrison et celle du 28 juin 2008 à Vienne)

C’est ce trio, démantelé depuis 2008 mais reconstitué certaines années pour différents « revivals » qui nous avait été promis à Vienne ce Lundi 5 Juillet 2021 comme cela avait été le cas pour le « Jazz à la Villette » en 2018.

J’ai donc été légitimement déçu lorsque j’ai vu Elchin Shirinov s’installer au piano et la jeune Roni Kaspi prendre les commandes de la caisse claire.

Mais j’oubliais qu’ Avishaï Cohen, également directeur artistique du « Red Sea Jazz Festival » de la ville portuaire d’Elat en Israël est devenu au fil du temps le porte-drapeau  d’une génération de musiciens israéliens, un découvreur de talent et le trio s’est révélé excellent, sous cette forme particulière mettant évidemment en avant la contrebasse cet instrument « noir » comme le disais Buddy Collette à Charles Mingus, dans le sens où on peut la faire slapper, utilisant à la perfection l’art de la surimpression et où le jeu très moderne et varié de Roni Kaspi, exploitant ses cymbales avec délicatesse mais aussi sa puissance et son timing, a pu amplement s’exprimer, même si elle ne succomba pas quelques instants dans le piège inévitable, vu son jeune âge et pour compenser son absence de notoriété ( pour encore très peu de temps soyons en sûr), de la démonstration de puissance stérile qui mit en extase une grande partie du public durant son solo.

Elchin Shirinov a quant à lui révélé un son et une approche originale et très douce, d’une grande modernité et teintée d’enluminures, de couleurs sonores et d’accents orientaux s’harmonisant à la perfection dans le répertoire du trio dont les compositions sont toujours en équilibre entre tension larvée et insouciance dansante, mettant en avant ce don exceptionnel du contrebassiste à couler des notes amples et robustes dans un plomb sans scories, de soutenir des tempos rapides avec des phrasés papillonnant dans les aigus, rendant sa contrebasse legato ou staccato, palpitante ou frissonnante sous les attaques de l’archet, impertinente sous la caresse des pizzicati.

Jusqu’à fin Septembre 2022, une vingtaine de dates sous cette forme, sont programmées dans toute l’Europe, Avishaï Cohen est encore en train de donner naissance à un trio incontournable.

Et c’est pour çà qu’on l’aime.

Ont collaboré à cette chronique :

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