(69) RhôneLes Nuits de Fourvière

05/07/2021-Macha Gharibian Duo et Melody Gardot aux Nuits de Fourvière

Théâtre de Fourvière. COVID oblige, point de coussin pour adoucir le contact de la pierre romaine sous les fessiers, point de coussin à balancer dans les airs en fin de soirée. Tout fout l’camp ! Comme à son habitude, l’armée de placiers tente d’optimiser les mètres linéaires occupés par les premiers arrivants qui, parait-il, s’étalent beaucoup trop pour au final faire asseoir tout le monde… Nichés au centre de la large scène, installation minimaliste, claviers-contrebasse. Sous l’archet de Chris Jennings, les premières plaintes orientalisantes de la contrebasse plantent le décor : cap à l’Est, loin là-bas, par-delà les rives de la Mer Noire. Puis la voix de Macha Gharibian, en arménien dans le texte, achève le tableau. Les cordes vocales de la chanteuse se mêlent à celles de son instrument dans une rivière mélodique qui va du clapotis-sur-les-galets aux remous-impétueux-dévalant-le-relief-caucasien : une voix qui coule de source sur un piano aqueux, un vrai bonheur. Ceux qui ont écouté l’album « Joy Ascension » (je vous le conseille vivement) seront étonnés de constater à quel point Gharibian et Jennings parviennent à combler le vide rythmique laissé par l’absence de batterie. Avec un jeu parfois quasi-percussif (aïe les avant-bras), Macha passe du piano au Fender Rhodes avec une aisance évidente, tandis que Chris triture d’une façon très inspirée les sonorités mouvantes de ses quatre cordes. Entre deux compositions, Macha Gharibian livre une très belle reprise de 50 Ways to Leave Your Lover, enregistré en 1975 par Paul Simon avec un certain Steve Gadd tambour battant. Une main sur chaque clavier, la pianiste clôt le concert avec le magnifique titre Georgian mood. Minimaliste, certes, mais un duo franchement efficace (on croit parfois entendre un quintet !), très en place et surtout d’une éclatante sincérité. Malgré l’enthousiasme du public qui en redemande, point de rappel : quarante minutes, c’est bien trop court pour une première partie de cette qualité !


Changement de plateau, changement de braquet. La nuit est définitivement tombée sur la colline lyonnaise. A gauche Marie-la-vierge somnole entre les quatre flèches de sa basilique, à droite scintillent les septième et huitième arrondissements, par-delà la Presqu’île. Succédant à ses quatre musiciens arrivés sur scène quelques mesures plus tôt, Melody Gardot entre en piste à pattes de velours telle un Maine Coon, velours qu’elle a aussi dans la voix dès les premiers mots susurrés. Calme, luxe et volupté, langueurs sans longueurs, les mélodies de Gardot s’écoutent comme on avale du miel, goulûment, en se disant que c’est bon pour la gorge (entre autres bienfaits) mais que ça fait quand même beaucoup de sucre d’un coup ! Qu’à cela ne tienne, il y a chez cette artiste une élégance indéniablement classieuse, certes millimétrée, mais tellement agréable à observer comme à écouter. Dans la douceur de ce début juillet démasqué, le public est majoritairement venu pour Gardot, ce qui n’est pas mon cas, mais pour autant le charme mélancolique de la diva fait son effet, m’attrapant par les tympans sans que je n’aie pu entendre le train entrer en gare. Boucles d’or égraine les titres de « Sunset in the Blue », son cinquième album studio, impeccablement épaulée par un quartet d’une grande délicatesse. Ma préférence ira vers les titres aux couleurs brésiliennes, suaves comme une mangue gorgée de soleil, qui ne sont pas sans rappeler les plus belles années d’Astrud Gilberto.

 

Merci à Paul Bourdrel pour le prêt de photos.

Ont collaboré à cette chronique :

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