(38) IsèreJazz à Vienne

06/07/2021 – Tigran Hamasyan Trio à Jazz à Vienne

La nuit était déjà largement entamée et les cieux s’étaient enfin calmés après une journée éprouvante d’orages et de pluies assez perturbatrices pour dissuader les spectateurs de venir en nombre au Théâtre Antique, quand Tigran Hamasyan a fait son entrée sur la scène du festival où il n’avait pas joué depuis quatre ans, lui que le public viennois avait très vite adopté en s’émerveillant de son talent successivement dans tous  les lieux du festival (JazzMix, Théâtre Municipal et Théâtre Antique) le plus souvent dans des configurations et des genres très différents (du piano solo, au trio jazz en passant par des configurations très électro ou à tendance rock…). Dans la formule en trio de ce soir, il est accompagné du bassiste électrique Marc Karapetian et du batteur suisse Arthur Hnatek que l’on avait pu entendre précédemment ici dans le quartet d’Eric Truffaz. On sait le pianiste très impatient de présenter enfin sur scène son dernier projet « The Call within » sorti en août 2020 chez Nonesuch Records et qu’il n’avait encore jamais pu jouer en live pour cause de pandémie.

Salué à sa sortie comme un album essentiel de Tigran Hamasyan, réussissant une synthèse de l’art du pianiste en proposant un voyage introspectif dans le monde intérieur de l’artiste ou l’on retrouve à la fois des influences rock-métal et folklore arménien, et en traduction musicale des moments intenses, énergiques  et volcaniques ponctués de  sifflements et de vocalises poétiques fleurant bon les chants monastiques arméniens. Jamais tous ces éléments n’avaient été aussi bien réunis dans un album du pianiste. Disons-le sans attendre, le concert de ce soir réussit parfaitement à rendre compte de cet univers bouillant et contrasté en recréant la majorité des titres de l’album. Passé les premières notes et effets électroniques de Our Film, le pianiste ne quittera plus le clavier du grand piano, tantôt entièrement penché sur celui-ci, tantôt au contraire très droit pour regarder et stimuler ses accompagnateurs. De l’énervé Levitation 21 à The dream voyager plus lyrique, la facette énergique et l’autre plus méditative se succèdent et parfois s’entremêlent.  Le public réagit positivement à toute cette virtuosité, comblé de retrouver un Tigran Hamasyan inspiré et heureux de jouer.

Pour Road song , on fait un détour vers l’album Shadow Théâtre et Tigran reste seul sur scène pour un solo de piano juste ponctué de quelques vocalises éthérées comme on avait l’habitude de l’entendre dans sa période The Fable.

Retour à The Call Within avec la pièce de résistance Ara Resurrected qu’il annonce comme un morceau long sur lequel le public peut partir s’il le veut…!  Ici le ton monte, le rythme s’accélère à l’image du consistant solo de batterie que placera Arthur Hnatek sur le morceau  qui finit en apothéose et en ovation de fin de concert sans que le public ait déserté le théâtre !

En rappel ce sera Space of your existence, une composition qui résume parfaitement le projet musical de ce concert, mélange d’énergie et de volupté avec un Tigran Hamasyan retrouvé.

Ont collaboré à cette chronique :

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