(38) IsèreJazz à Vienne

08/07/2021 – Jazz at Lincoln Center Orchestra with Wynton Marsalis à Jazz à Vienne

Difficile d’ajouter quoi que ce soit à tout ce qui a été dit ou écrit concernant le trompettiste Wynton Marsalis, couvert de décorations, de Grammy Award de musique classique et de jazz, manager et directeur artistique de Jazz at Lincoln Center et du Jazz at Lincoln Center  Orchestra (JLCO) avec pas loin de quatre-vingt-dix albums à son actif (jazz et musique classique), fidèle et actif parrain de Jazz in Marciac, docteur honoris causa de multiples universités dont Jean Moulin Lyon 3, Wynton Marsalis développe une œuvre protéiforme et gigantesque de musicien, classique et jazz, de compositeur, classique et jazz également, de pédagogue, avec un projet bien précis de donner au jazz sa place de rouage essentiel de la culture américaine. En plus et malgré toutes ces activités, Wynton Marsalis trouve le moyen d’être en tournée cet été et à Vienne ce soir.
Le Jazz at Lincoln Center Orchestra (JLCO) c’est de l’efficacité à cent pour cent, on arrive sur scène, on s’assoit et boum, c’est parti. Les spectateurs cherche le maître, il est assis au dernier rang, avec les trompettes en haut à gauche du praticable, près du batteur. Un poste de commandement en somme. Pour le voir, il est assis derrière l’immense tromboniste Chris Crenshaw, une partie du public devra attendre le milieu du concert lorsqu’il viendra sur le devant de la scène pour un chorus.

Wynton Marsalis donne le tempo au batteur et le départ au big band, les fins délicates, ralentissement, glissando, c’est Victor Goines, sax alto, qui est à la manœuvre et dirige depuis sa place, en bas à droite du groupe. Autre pièce essentielle du JLCO, le remarquable contrebassiste Carlos Henriquez, parait-être, autant sinon plus encore que le batteur, le maître du tempo de ce big band de rêve dont chaque musicien frise l’excellence. Dès le premier titre, Wynton Marsalis assène un chorus virtuose qui nous laisse pantois. Suivent quelques standards, des compositions originales de musiciens du JLCO et Rhapsody in Blue dont la clé nous est donné à la fin du morceau par la clarinette de Victor Goines. Par la suite on pourra entendre les autres musiciens en soliste sur quelques standards, puis dans Freedom Suite de Sonny Rollins et Pursuance la troisième des quatre parties que compte l’extraordinaire A Love Supreme de ce génie musical que fut et que reste John Coltrane. Au rappel, la section rythmique, restée sur place, accompagnera Wynton Marsalis et Victor Goines pour un duo en forme d’au revoir.

C’est toujours un grand plaisir étonné que nous procure le JLCO, plaisir de voir fonctionner et d’entendre cet ensemble. Et pas seulement pour la qualité des musiciens, mais aussi pour celle des arrangements ; le travail sur la structure sonore, l’utilisation des timbres des différents instruments sont remarquables et dégagent une poésie particulière, un swing puissant qui oblige le corps à se mouvoir spontanément en suivant la pulsation, les rythmes qui se superposent, ceux de la batterie (le nom du batteur m’a échappé), du piano de Dan Nimmer, de la contrebasse de Carlos Henriquez et ces riffs appuyés qui marquent les temps forts… L’articulation des différents pupitres et des instruments entre eux est remarquable de décontraction, ce qui donne cet aspect spontané à la musique. Le résultat est grandiose et l’étonnement vient de la qualité de la réalisation, mise en place  parfaite, aucune faute de style ou de sens, un avant-goût de la perfection.

Ont collaboré à cette chronique :

X