(38) IsèreJazz à Vienne

10/07/2021 – Cheick Tidiane Seck feat. Majid Bekkas à Jazz à Vienne

Mais c’est une révolution ! N’en déplaise aux révolutionnaires politiques pour lesquels : c’est un changement brusque et violent dans une structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir. Il ne s’agit pas de celle-ci ce soir. Après la première soirée du 23 juin dernier, consacrée à l’Afrique, c’est le retour du continent ce soir sur la scène. C’est donc plutôt le retour de la musique de l’Afrique comme celui périodique d’un astre à un point de son orbite. Est-ce un signe qu’avec ce deuxième set nous achevons un cycle ?

C’est vêtu de toutes les couleurs de l’Afrique avec leurs vêtements traditionnels, que le groupe réuni par le vieux griot Malien Cheick Amadou Tidiane Seck arrive sur scène. Et l’on compte parmi eux plusieurs origines comme la Côte-d’Ivoire, le Cameroun, l’Algérie, et un invité Marocain. Le concert s’envole tout de suite avec un dialogue à trois avec le pianiste, Adama Bilorou Dembele aux percussions et Marque Gilmore à la batterie. Suivi d’un nouvel échange des claviers avec le saxophoniste Yizih Yode sur le rythme sûr de la basse de Momo Hafsi. Les phrasés se croisent sur un groove qui s’amplifie, l’ambiance festive et joyeuse démarre immédiatement.

Après cette introduction, Cheick Tidiane Seck, qui jongle avec ses claviers, piano à queue, orgue Hammond et Fender Rhodes, entre dans le vif du sujet. Il commence l’hommage qu’il veut rendre à Randy Weston par le titre Timbuctu. Le pianiste malien à bien connu le géant du piano de Brooklyn (au sens propre et figuré, l’immense pianiste américain mesurait 2m00) que nous avions vu ici à Vienne le 4 juillet 2016 (voir la chronique de Michel Mathais)

Il poursuit avec un nouveau titre du pianiste américain Tanger pour lequel il invite pour plusieurs morceaux, Majid Bekkas au guembri. Son instrument apporte une couleur gnawa à la musique de ce soir pour mieux élargir la palette sonore. Ce musicien marocain a également accompagné Randy Weston, ce dernier a vécu et créé un club de jazz dans la ville marocaine. Après ses nombreux voyages en Afrique et ses recherches spirituelles, l’américain s’établie au Maroc plusieurs années où il se familiarise avec la musique et la culture Gnawa. Pour plus de précisions sur la vie du jazzman vous pouvez consulter la chronique de votre serviteur sur la biographie de Randy Weston (voir ici

C’est donc à la fois la fête du jazz et à toutes les musiques d’Afrique que Randy Weston a parcouru et vécu. L’hommage se poursuit avec un blues que Cheick Tidiane Seck interprète en langue africaine. Le pianiste malien ne s’arrête pas là ce soir et complète son hommage à « un autre aîné » nous déclare-t-il. En effet, c’est maintenant au tour d’Hank Jones d’être fêté ce soir à Vienne. Il évoque le concert qu’ils ont donné ensemble le 27 juin 2009 en mémoire à leur album des années 90’ Sarala en précisant qu’il s’en souvient comme si c’était hier. Votre serviteur se rappelle de la tenue africaine que portait pour l’occasion l’aîné des frères Jones. Voir la chronique de Gérard Brunel. C’est un magnifique geste du pianiste malien d’étendre cet hommage aux grands anciens et c’est tout à son honneur de passeur des différentes musiques qui a notamment jeté les ponts entre le jazz et les musiques africaines. Le niveau technique des interprétations de toutes les « pointures » qui sont sur scène, égale la qualité d’écoute, le partage et la cohésion de chacun pour transcender la passion musicale. Le leader fera communier le public sur un chant avant de poursuivre un nouvel hommage inattendu, cette fois pour le saxophoniste camerounais Manu Dibango. C’est bien sûr Soul Makossa que tout le monde reconnait et qui enflamme le Théâtre Antique. C’est le 12 juillet 2019, que nous l’avons entendu pour la dernière fois ici avec l’Orchestre National de Lyon pour son Safari Symphonique, avant que la Covid19 ferme toutes les scènes et emporte le saxophoniste au rire légendaire que nous pensions encore immortel et qui faisait partie de notre paysage musical. Voir la chronique de Gérard Brunel ici. Le saxophoniste camerounais qui a fait ses étude en France et qui raconte dans son autobiographie, Balade en saxo dans les coulisses de ma vie, qu’il a vécu dans différents pays africains et a passé sa vie à croire qu’une unité de l’Afrique est possible, aurait été fier de cette soirée.

C’est avec un final en apothéose que ce termine ce festival d’hommages aux grands musiciens. Cheick Titiane Seck présenté par un de se partenaires avec le surnom « Black Buddha » nous gratifie de son éternel sourire communicatif. Il peut être fier d’avoir mis en avant le jazz et ses origines africaines. Les généticiens confirment que l’Afrique est la mère de tous les hommes, cette soirée témoigne qu’elle est aussi l’origine des musiques américaines. Avec le mélange de tous ces courants on semble toucher l’universel. Et avec cette quarantième édition on touche l’importance historique que le festival commence à prendre dans le paysage des musiques afro-américaines. La liste des immenses musiciens qui sont venus à Jazz à Vienne commence à s’allonger avec des grands noms

Ont collaboré à cette chronique :

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