(07) ArdècheJazz sur un Plateau

17/07/2021 – Akpe Motion & Alain Brunet à « Jazz sur un Plateau » à Larnas

C’est sur une attaque jazz-rock très franche, que le groupe Akpe Motion et Alain Brunet commencent ce concert en hommage à Serge Gainsbourg. Alain Brunet à la trompette et Jean Gros à la guitare donne le ton rock tandis que Mike Armoogum à la basse et Pascal Bouterin à la batterie les suivent sur un rythme rapide. On ne reconnait pas tout de suite le titre Sea, sex and sun mais parfois la mélodie ou le refrain que l’un des musiciens reprend. Le trompettiste nous indique que le répertoire est composé des titres de Serge Gainsbourg des années 1980 et ce concert est joué pour la première fois ce soir. Et l’on devinera certains morceaux et pour d’autres on se dira oui c’était bien celui-là lorsque le leader nous le précisera. Alain Brunet joue de la trompette, du bugle et fredonnera certaines phrases de refrain pour souligner les chansons de Gainsbourg.

Il est particulièrement agréable d’entendre ces quatre musiciens de haut niveau technique communiquer de manière très fluide. Les mélodies, refrains et rythmes passent de l’un à l’autre avec facilité. La trompette communique souvent avec la guitare. Lorsque le trompettiste prend le solo, le guitariste accompagne avec des effets et des volutes électriques qui donnent un effet planant. Il propose également un solo jazz sur des accompagnements rock. Tous les deux utilisent des effets, des échos et des réverbérations à l’aide de pédales. Alain Brunet joue aussi avec une sourdine. Plusieurs fois le bassiste introduit la mélodie d’un morceau et montre beaucoup de musicalité avec son instrument rythmique. Dans ces moment-là, de nouveau le guitariste accompagne son collègue avec des effets planants. Très concentré et précis sur ses différentes, tonalités le batteur et fondateur du groupe soutient ses partenaires. Il propose un rythme très riche en utilisant souvent ses cymbales et en produisant de nombreux effets sur sa caisse claire. Il fait un solo très délicat sur cette dernière et ses fûts. Le trompettiste sait aussi s’effacer pour laisser ses partenaires s’exprimer en trio.

Nous avons l’occasion d’écouter Je t’aime, … moi non plus… et Dieu fumeur de havanes parmi les titres les plus anciens du chanteur français. Le quartet passe ensuite aux chansons des derniers albums avec Aux enfants de la chance ; Love on the Beat et Sorry Angel. Pour terminer ce set, Alain Brunet convoque le grand Serge. Nous entendons la reprise de Mon légionnaire par « l’homme à la tête de choux » que nous passe la sono. L’effet est garanti c’est émouvant d’entendre la voix de « l’étonnant Serge Gainsbourg ». Akpe Motion reprend la chanson d’Edith Piaf sur une alternance et un mélange de riffs funk et rock.

A la première écoute de ce quartet on a l’impression de retrouver les sonorités d’un autre musicien des années du siècle dernier. Miles Davis qui avait fait son retour en 1981 et qui a comme point commun avec Serge Gainsbourg de s’éteindre en 1991. Sa sonorité de trompette est proche de celle du Prince des ténèbres. Philipe Carles l’a écrit au sujet d’Alain Brunet avant que cela nous saute aux oreilles en concert. C’est associé au style de jeu du guitariste, que l’on retrouve ce style davisien avec les sonorités jazz-rock des guitaristes qui accompagnaient l’américain à cette époque : Mike Stern pour le rock et John Scofield pour le jazz.

Alain Brunet connaisseur des deux musiciens nous confie après le concert qu’ils avaient d’autres points communs comme l’écriture d’un morceau qui porte le titre You’re under arrest et d’avoir été les amants de Juliette Greco la muse de Saint-Germain-des-Prés. Le trompettiste nous confesse également avoir été gêné par le vent et le froid pour cette première de ce concert. Nous sommes ravis de ce set qui met à l’honneur avec brio le répertoire de celui qui commença sa carrière comme pianiste de jazz puis explora de nombreux styles musicaux. Avec en toile de fond sonore la sonorité et l’âme de celui qui explora et créera plusieurs styles de jazz. La rencontre de ces deux artistes, qui se sont respectivement et continuellement remis en question durant leurs parcours est particulièrement judicieuse.

Ont collaboré à cette chronique :

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