(69) RhôneLes Nuits de Fourvière

18/07/2021-Thomas de Pourquery & Supersonic aux Nuits de Fourvière

« Sur la lune avec Thomas De Pourquery et Supersonic »

Il est 22h18 à l’horloge de la soucoupe quand Supersonic débarque sur la scène de Fourvière… dans une puissance tellurique et rythmique émanant directement du matériau de son troisième opus avec ce groupe, un concept-album imaginé à bord d’un vaisseau spatial, à paraître en septembre prochain, « Back to the moon ». Le sextet  du barbu déjanté est flamboyant avec une section rythmique de rêve- Edward Perraud aux mains virevoltantes au-dessus d’un nid de cymbales, et Frédérick Galiay, puissant bassiste et second barbu semblant tout droit sorti d’un livre de Jules Verne- une section de cuivres rassemblant, outre Thomas de Pourquery au sax alto, Laurent Bardainne au ténor et Fabrice Martinez à la trompette. Avec également pour compléter au piano, Arnaud Roulin, le membre sans doute le plus effacé de cette petite bande d’astronautes du son.

Comment qualifier la musique ? Plutôt rock et comme l’a confié lui-même son leader, « Supersonic est un groupe de rock camouflé en jazz ! ». Mais il faut dire que les influences du chanteur/ saxophoniste sont multiples de Miles Davis à Deep Purple, de Serge Gainsbourg à Nougaro en passant par Messiaen… Mais le son lyrique de son saxophone, Thomas le doit à son inspiration adolescente, celui qu’il admire par-dessus tout : le soufflant transalpin Stefano Di Battista, qui a foulé la même scène de Fourvière le 15 juin dernier… Etonnantes résonances de la programmation, qui n’a pourtant proposé que trois soirées labellisées « jazz » dans son édition 2021 déconfinée.

On comprend en écoutant les premières notes du premier morceau de la soirée pourquoi Thomas Pesquet a emmené la musique de Thomas de Pourquery dans l’espace (en l’occurrence le single Yes Yes Yes Yes) : ampleur sonore, spectres musicaux variés, rythmique puissante, envolées aériennes et breaks épatants…Tout y est pour profiter de l’apesanteur et ce ne sont pas les spectateurs de Fourvière qui diront le contraire. C’est parti pour le voyage. Le chef amiral du vaisseau alterne saxophone et voix avec une réussite étonnante. Et dès les premiers morceaux il fait chanter le public lyonnais. Au troisième morceau les deux saxophonistes sont seuls dans une longue introduction majestueuse, puis Perraud prend la baguette pour une marche à base de roulements du plus bel effet, avant de partir en ternaire. Les duos entre les instrumentistes sont un régal pour l’ouïe à l’image de ce chorus très coltranien mené deux à deux, entre le batteur et Von Pourquery qui termine par quelques notes de… Ne me quitte pas ! Puis c’est au tour de Fabrice Martinez (que le leader du groupe nomme « le chevalier blanc ») de s’illustrer dans un morceau très Miles période électrique, Perraud virevolte sur ses cymbales et impulse un rythme effréné d’une grande puissance. De Pourquery fait retomber la pression dans un moment hilarant où il fait se lever le public pour une danse improbable « la danse des deux bras », car selon lui, « c’est l’été, c’est gainage ! ».

De Pourquery, décidément très en verve a envie de faire des blagues avec le public lyonnais qu’il qualifie de « provincial » avant de lui souffler « qu’il accède au rappel », non sans avoir  salué « le taulier », alias Dominique Delorme (qui l’a reprogrammé après l’édition 2020 avortée du festival) puis souligné l’apparition des étoiles dans le ciel (l’espace toujours, je vous dis), de remettre son couvre-chef à paillettes (qu’il arborait dans les premiers morceaux) pour mieux honorer Sun Ra.

Car Supersonic, c’est avant tout l’héritage de Sun Ra à qui il doit son nom (tiré d’un des premiers albums du prince du free). Enfin pour conclure il annonce la plus belle chanson d’amour du monde, écrite par l’illustre saxophoniste, Love is Outer space, mais Fourvière a déjà rejoint la voute céleste dans une communion avec les musiciens qui enveloppent la scène d’ondes cosmiques du plus bel effet.

Ont collaboré à cette chronique :

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