(26) DrômeCrest Jazz Vocal

24/07/2021 – Roots Trio au Crest « Jazz au village » à Cobonne

Le principe de Jazz Au Village est d’apporter sur tout le territoire du Val de Drôme du jazz. Les concerts ont lieu les week-end de juin et juillet avant l’édition annuelle de Crest Jazz Vocal, heu … Crest Jazz, est-ce que j’arriverais à m’y faire ? L’organisation est réalisée en partenariat avec les communes d’accueil et en particulier avec une association de la commune. Ce soir c’est le dernier Jazz Au Village, ce qui signifie que l’édition du festival arrive bientôt. D’autant plus, que l’été, semble s’être enfin installé et que nous avons définitivement quitté « juillembre » pour nous diriger vers la caniculaoût ! Oui parce que certaines années après novembre, décembre il y a parfois « juillembre ». Pour ce concert, c’est l’association des amis du Vieux Cobonne qui participe avec la commune de Cobonne à l’organisation du concert de Roots Trio. Nous sommes dans ce bel espace communal en plein air du vieux village qui vaut le détour. C’est dans ce cadre au creux de la vallée de la Sye et à proximité de la vallée de la Gervanne, toutes les deux surplombant la vallée de la Drôme.

C’est un trio détonnant, au sens de « sortir du ton » ou de « contraster » que nous écoutons ce soir. Et cela commence avec une ballade swinguante sur la structure d’une valse à trois temps. Ceci nous met tout de suite en jambe et ça s’appelle En route. Le jeu des trois musiciens est très mélodique. Etienne Roche à la contrebasse apporte un rythme fluide et engagé. Il semble dompter son instrument en dansant avec lui, puis s’accompagne d’onomatopées à la façon de Major Holley. Eric Houdart au saxophone ajoute de la fluidité avec le gros son du ténor mais en légèreté. Stéphane Pardon à la batterie les accompagne avec un jeu léger aux balais principalement sur la caisse claire et les cymbales.

C’est naturellement que le contrebassiste mène le thème Caroline, une reprise d’une ballade de Charles Mingus. Lorsque le rythme s’emballe le musicien marmonne, grogne, chantonne et fredonne le thème. Il le fera sur plusieurs titres tout au long de la soirée. Le ténor et la batterie le soutiennent sur ce morceau. Sur ses compositions, le saxophoniste nous proposera une coloration d’Europe centrale de son jeu au soprano et à l’alto. Il nous confiera qu’il a étudié la musique comprenant des quarts de ton, en écoutant des enregistrements de saxophonistes égyptiens spécialistes de la musique « Baladi ». Style qu’il a eu l’occasion de jouer avec un percussionniste et un accordéoniste. C’est le même style qu’Ibrahim Maalouf maîtrise avec sa formation de musiques classique et orientale du Liban. Il la popularise dans son jazz et nous pourrons l’écouter le 3 août prochain à l’espace Soubeyran. Sur ce style l’accompagnement de la contrebasse est tout en finesse et la batterie soutient délicatement l’alto avec une variété de tonalités avec une alternance sur les fûts et la caisse claire pour souligner l’esprit oriental. Le batteur s’adapte à tous les styles avec finesse y compris en jouant avec les mains sur ses fûts et sa caisse claire comme un percussionniste.

Le trio est à la fois très mélodique et très rythmique. Le contrebassiste fait le lien entre le batteur concentré sur le rythme et le saxophoniste qui s’exprime sur la mélodie. Il fait swinguer sa contrebasse sur le rythme et ajoute des phrases mélodiques avec son instrument. Le groupe va alterner des compositions d’Etienne Roche et d’Éric Houdart comme Early Sunny, ainsi que des reprises de standards dont un de Kenny Barron. Un blues présenté comme « un gros blues qui tâche ! » et des morceaux inspirés de musiques africaines comme Small Word, de musiques orientale, de valses à nouveau et d’une pointe de free et des morceaux d’autres inspirations comme Cuenca Del Miron ou Cucumber Dance. Autant dire que leur champs d’inspirations est vaste mais avec une homogénéité dans leur jeu pour cet éclectisme.

Ces concerts Jazz Au Village nous permettent de profiter de prestations en toute intimité. Les spectateurs bénéficient de la proximité avec les musiciens, de leurs échanges musicaux et avec ce trio, de leur humour. On se sent un peu comme à la maison où comme avec les Jazz Club de l’hiver à Crest, mais là on profite aussi de l’été. Et ce soir, la pleine lune qui est resté cachée derrière les nuages avant de se lever dans la nuit, a sans doutes appréciée les notes bleues du Roots Trio.

Ont collaboré à cette chronique :

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