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29/07/2021 – Ipso-Facto et Maracuja à Jazz’Alp à l’Alpe du Grand Serre

Festival Jazz’Alp – Première soirée avec Ipso Facto et Maracuja

Loin des affiches stéréotypées de ce qu’on appelle les « grands » festivals, on trouve, nichés dans des contrées qui se méritent, de petites pépites où la musique s’épanouit car elle y trouve tous les ingrédients nécessaires à son développement : un initiateur et une équipe hyper motivée, une commune, un bassin, des commerçants, des entreprises qui suivent et un projet. Pas celui de faire plaisir au plus grand nombre au risque de tomber dans la facilité, non. Celui d’amener son public à écouter une musique nouvelle, riche et de lui faire connaitre les musiciens qui la portent.

Le festival Jazz’Alp, à l’Alpe du Grand Serre, petite station de ski coincée entre l’imposant mont Tabor et le massif des Ecrins, est de cette trempe. Depuis cinq ans, Gérard Duchamp et son équipe proposent une programmation ambitieuse où, chaque soir, se produisent un groupe amateur régional en première partie, puis un groupe professionnel âprement sélectionné par l’organisation.

Traditionnellement l’édition a lieu en mars. Si la précédente avait fermé ses portes quelques jours avant le premier confinement en 2020, celle de 2021 a été reportée en juillet pour plus de sécurité. Mesures sanitaires accrues sur fond de reprise de l’épidémie, météo capricieuse, ce ne sont pas ces détails qui vont arrêter la bonne humeur et la motivation des montagnards de l’Alpe.

Pour cette première soirée, un grand écart musical entre Ipso Facto, en première partie, qui rend hommage au groupe mythique des « Yellowjackets » et Maracuja, qui nous promet un voyage all inclusive du Brésil à l’Afrique et plus, si affinité. En manque de notes depuis si longtemps, nos oreilles et tous nos sens sont prêts pour l’aventure.

Le quartet Ipso Facto est déjà passé par les planches de Jazz à l’Alpe. Pour cette édition, Claude Froulin  ( saxophones),  Emmanuel Raoelina (piano), Damir Pinek (basse électrique) et Guillaume Tex (batterie) s’attaquent au répertoire d’un groupe mythique les « Yellowjackets ». Ce groupe, fleuron du jazz fusion, porte depuis plus de quarante ans et avec plus de trente albums, l’image d’un jazz complexe, se réinventant en permanence pour s’adapter au temps qui passe.

Gérard Duchamp  sait trouver les bonnes formules. Il décrit la musique des Yellow Jackets comme ayant le sens du contrepoint plutôt que celui du rond point. Un bon jeu de mots mais vite corrigé par Claude Froulin qui rappelle que Yellow Jackets fait référence à une petite guêpe jaune… mais passons à la musique ! Section rythmique musclée, mélodies et chorus servis alternativement ou à l’unisson par le piano et le saxophone, le jazz fusion imprime son groove et réveille nos sens endormis. Une belle entrée en matière !

Dès que le quartet Maracuja se met en place, on sait que l’aventure ne sera pas courante, qu’on est loin du standard.  Ce quartet, créé en 2012 par la flûtiste Amina Mezaache veut délibérément nous emmener ailleurs, chez elle, dans son univers.

La composition du quartet est atypique : autour de la flûtiste, un imposant sousaphone qu’on croirait sorti d’un album de Gaston Lagaffe, un set de percussion et une guitare brésilienne.

La première note n’a pas fini de résonner que l’on est embarqué loin de l’Alpe du Grand Serre. La flûte d’Amina Mezaache sonne, danse et le sousaphone de Fabien Debellefontaine pose une ligne de basse puissante et débonnaire, ponctuée par les percussions de Jonathan Edo. Le guitariste brésilien Caio Marcio Santos vient magnifiquement compléter l’ensemble en apportant la couleur et la chaleur de la guitare de son brésil natal

Que ce soit sur les compositions du groupe ou sur les reprises de musiques traditionnelles, l’envoûtement prend dès les premières notes, nous emmène loin et nous ramène en douceur.

Entre les morceaux, les interventions d’Amina sont matinées d’humour décalé, nous préparant mentalement au morceau suivant. Des souvenirs d’un petit port brésilien au confinement son appartement de quinze mètres carrés, en passant par la fin annoncée d’un poulet à Aougadougou, on voyage on se laisse aller et on sent la musique s’insinuer partout et reprendre vie en nous.

A l’instar du joueur de flûteau de Brassens, Maracuja à mené bon train la musique sous le barnum de l’Alpe du grand Serre. Nous n’avons pas de château ou de blason à leur offrir, mais nous garderons longtemps le souvenir de ce bon moment de musique.

Ont collaboré à cette chronique :

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