Voilà, c’est parti pour Crest Jazz (Vocal) 2021. Et pour ce démarrage, on se retrouve dans la cours de l’école Royannez, comme l’an dernier, où nous avions renoué avec ce lieu d’origine du festival. Cette année, nous commençons ici pour les quatre premiers jours, avant de retourner à l’espace Soubeyran pour finir l’édition. L’ambiance intimiste de ces concerts sous les platanes est très sympathique, et l’on se retrouve comme si on ne s’était pas vu depuis longtemps tout en se retrouvant comme si on s’était quitté hier.

C’est le Ah Um quintet qui ouvre les concerts de cette année. Mais, tient, on dirait qu’on s’est quitté il y pas longtemps avec les musiciens ! En effet, ce quintet comprend dans sa formation Roots Trio qui a clôturé les Jazz au Village la semaine dernière. C’est une belle transition, entre les concerts d’avant festival et l’édition de l’année. On retrouve donc Eric Houdart derrière ses saxophones, Stéphane Pardon derrière ses fûts et Etienne Roche derrière sa contrebasse. Baptiste Sarat à la trompette et au bugle et Franck Boyron au trombone complètent le combo.

Avant de commencer le premier morceau, Etienne Roche, en tant que contrebassiste, nous précise, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, que Ah Um est le titre d’un album du grand contrebassiste américain Charles Mingus. C’est le contrebassiste du quintet qui attaque En route par un solo, contrarié par le vent qui joue avec ses partitions. Sans être déstabilisé, Etienne Roche entame un chant avant que ses camarades le suivent sur le thème. La sonorité du quintet est cuivré avec l’esprit fanfare, et un souffle puissant. Notamment lorsqu’ils alternent les solos et se retrouvent tous les trois à l’unisson. La contrebasse est énergique et la batterie délicate, aux balais puis aux baguettes, sur ce thème.

Le titre suivant, Strange days, nous propose une ballade sur laquelle la trompette et le ténor alternent les solos et mélangent les sonorités de cuivre et de bois. Etienne Roche introduit chaque morceau en tant que Monsieur Loyal, philosophe avec aphorisme en guise de réflexion. Il nous propose pour celui-ci :

Dans le temps suspendu du premier confinement, je me souviens de ces moments de sidération mais aussi de plénitude où on se disait qu’il n’y avait qu’à tendre la main pour cueillir le fruit. Mais avec cette arrière-pensée qui rôdait et tentait de nous prévenir que l’impermanence est la denrée la mieux partagée de l’univers : Strange days

La batterie et la contrebasse sont au service des soufflants pour les soutenir avec un rythme assuré comme sur le deuxième morceau Extra balle. Le contrebassiste s’engage dans un jeu syncopé. La pensée pour celui-ci nous propose :

Un peu comme la nouvelle « chance » qui nous est offerte lorsqu’on réussit à passer entre les gouttes : Extra Balle.

C’est sur le morceau suivant, Barre-toi Seb, en hommage au maître du contrepoint et de la tradition musicale du baroque allemand, que le quintet commence à décoller. Nous aurons comme piste de réflexion :

Jean dit à Seb : « Abstiens-toi ou barre-toi. Seb s’abstint » … petit hommage à Jean-Sébastien Bach : Barre-toi Seb.

Le batteur affirme un rythme plus soutenu aux baguettes, avec l’aide de la contrebasse pour propulser leurs partenaires vers un jeu engagé. Nous avions remarqué que le vent s’était incliné jusqu’à disparaître, pour malheureusement laisser place à la pluie. Tout d’abord éparses, les gouttes d’eau s’intensifient pour devenir omniprésentes. A partir de ce moment, on a l’impression que nos cinq musiciens entrent dans un combat avec la nature, et intensifient leur jeu et leur rythme comme s’il s’agissait de montrer à la pluie qui est le plus fort. Mais le combat est perdu d’avance, ce sont des trombes d’eau qui éclaboussent les instruments et, malgré la rage de finir le titre, ce qui sera fait, il est temps d’arrêter, l’orage arrive. L’équipe technique du festival de Pierre-Yves Cuny accourent  à la rescousse des musiciens pour les aider à protéger la scène sans toit.

Concert pluvieux, concert heureux, d’accord, mais trop court, et nous aurions aimé en écouter beaucoup plus ! Nous aurions aussi souhaité écouter Imperial Orphéon avec Gérald Chevillon (saxophones basse et soprano, flûte à bec, fx), Antonin Leymarie (batterie), Rémy Poulakis (accordéon, clavier, chant lyrique), Damien Sabatier (saxophones alto, sopranino et baryton, fx), programmé après Ah Um et qui ne pourra pas monter sur scène.

Ont collaboré à cette chronique :

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