Pour la seconde soirée consécutive, le ciel nous tombe sur la tête. Pour la seconde soirée consécutive, le concert s’interrompt au troisième morceau pour cause de précipitations. Le cœur lourd et le moral dans le chaussettes mouillées, nous nous apprêtons à quitter la cour d’école et la scène détrempées quand la rumeur fait son apparition : Bai Kamara et son trio vont jouer quelques morceaux pour remercier les bénévoles dans la cantine de l’école. Le temps de transborder la configuration minimale : une Telecaster (sculptée et peinte par Tom Beardslee himself) et un ampli Fender avec un peu de reverb, une guitare électro-acoustique et un combo sur lequel se branche le micro du chant, charleston, caisse claire, grosse caisse et une cymbale suffisent amplement pour un concert « roots » dans la plus pure tradition du blues ; quelle générosité, quelle simplicité ! Au final, c’est tout le set qui y passe, la pression en moins, le naturel en plus.

Trouble démarre en douceur, pour laisser place à un shuffle de derrière les fagots aux allures africaines qui plante bien le décor dernier opus du chanteur, « Salone », qui signifie Sierra Leone en langage Krio. Après Cold Cold Love qui en remet une couche question énergie brute, It ain’t easy ramène le calme. Sur un lit d’accords chaleureux soutenus par un jeu de batterie à mains nues, la guitare électrique se fait mordante pour un chorus bien déjanté qui se termine par un accord d’harmoniques subtilement déposé ; Boris Tchango prend le relais sur le fût de la grosse caisse ; mains et baguettes virevoltent sur le bois et les peaux, ça gronde doucement pour un final tout en modération. Les musiciens se font manifestement plaisir, et leur joie est communicative. Les ballades succèdent aux rythmes soutenus et vigoureux, flirtant avec le bon vieux Texas blues rock que ne renieraient pas les ZZ Top s’ils n’étaient occupés à pleurer leur bassiste Dusty Hill qui s’est éteint il y a à peine trois jours. Les chorus sont inventifs, en témoigne la prouesse de Boris Tchango sur un chorus virtuose et déluré 100 % caisse claire. Epoustouflant ! Homecoming ballade particulièrement prenante, « I’ve been away too long, but I kept the song », évoque le mal du pays et le réconfort que procurent quelques notes enfouies dans la mémoire. L’Afrique se fait plus présente dans l’ambiance de Don’t worry about me, sur un riff lancinant qui nous transporte sans escale sur les rives du bras de mer qui baigne Freetown.

Deux rappels suffiront tout juste à rassasier l’auditoire ; Lady Boss est l’occasion d’apprécier toute la tessiture de la voix de Bai Kamara, une vraie voix de bluesman, chaude, râpeuse, généreuse, et qui sait monter dans les octaves sans qu’on y prenne garde, au service de paroles qui ont du sens, ce qui n’est pas si courant.

On se plaît à penser que le concert ne fut que meilleur, avec ce petit goût de privilège qui n’a rien de désagréable. Merci à eux pour leur élégance généreuse.

[NdlR: ayant pu assister aux balances, et privés de la scène de Royannez en soirée pour cause de pluie, nous vous proposons aussi des photos prises l’après-midi]

Ont collaboré à cette chronique :

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