(26) DrômeParfum de Jazz

11/08/2021 – Conférence « Carrières entravées ou empêchées » à Parfum de Jazz

Le cycle de conférence de Parfum de JAzz reprend cette année sous la direction de Geneviève Manois. Conférences évidemment centrée sur la place des femmes dans le jazz.

Jean-Paul Boutellier nous revient avec une nouvelle conférence « Carrières entravées ou empêchées » construite sur le format habituel : des explications et des projections de vidéos, parfois des pépites .

On n’évoquera pas Lil Hardin qui, bien qu’excellente pianiste, a réussi dans toutes ses autres entreprises dont la carrière de Louis Armstrong.

On commence par Cleo Brown dans les années 30, élève de James P. Johnson et Fats Waller, qui voulait faire carrière au piano alors qu’on l’attendait au chant et qui a préféré devenir infirmière.

Mary-Lou Williams, une femme très riche, pionnière du jazz. Elle a rejoint l’orchestre de Andy Kirk, pianiste et en a pris la direction musicale. Une vraie réussite. Elle a refusé une proposition de Duke qui embauchera Billie Strayhorn à la place… Après son divorce elle s’installe à New-York et développe un style qui rappelle les prémices du bop. Bird, Miles et autres futures stars la fréquentent. Elle ne trouve pas d’engagements, idem en Europe. Elle va se reconvertir dans l’écriture et l’enseignement. 

Dorothy Donegan de Chicago rêvait de jouer du piano classique. Sa couleur de peau, son sexe l’en ont empêchée. Elle s’est tournée vers le jazz et jouait en trio ou solo. Elle glissait toujours un peu de rhapsodie dans son jeu. Et un jeu de scène très très loin du classique. Facéties et pitreries font partie de son style par ailleurs très brillant. A la toute fin de sa carrière elle a quand même pu jouer du Rachmaninov dans la grande salle de Chicago.

Valaida Snow, trompettiste et chanteuse. Elle a eu beaucoup de succès. Elle a joué partout dans le monde. Elle s’est retrouvée coincée au Danemark avant la seconde guerre mondiale et y est restée prisonnière pendant deux ans. Cette incarcération l’a minée et a brisé sa carrière.

Bizarrement Jean-Paul Boutellier évoque Billie Holiday dont la carrière a été celle que l’on sait, mais qui a aussi subi des déboires, voire des sévices. Prostituée à douze ans, dirigée par des proxénètes, droguée, etc.
A sa mort elle n’avait que mille dollars sur son compte. Son ayant droit, proxénète, touchera peu après cent mille dollars de droits de l’année en cours !

Billie Tipton née en 1914 dont le prénom était Dorothy, bien que femme, a fait une carrière en tant qu’homme, pianiste et chef d’orchestre de 1935 à 1960 puis a changé de voie comme agent. Ce subterfuge a bien fonctionné et à sa mort ses musiciens et ses enfants adoptés ont été surpris de cet état.

Mary Osborne, guitariste brillante que le monde attendait après la disparition prématurée de Charlie Christian, mais qui n’a pas donné suite.
Sous employée, elle a abandonné la carrière.

Margie Hyams, vibraphoniste de qualité, n’a pas rencontré son public bien qu’ayant innové avant Milt Jackson. Idem : elle a quitté le job.

Jutta Hipp, pianiste allemande, après des études classiques s’est tournée vers le jazz et a joué dans les clubs des forces d’occupation. Un franc succès. Au début des 50´s Léonard Feather, critique, est séduit par la femme et la pianiste. Il lui fait enregistrer un disque chez Blue Note, et la fait venir aux USA, et lui trouve un engagement de six mois au Liquory House (ce qui est exceptionnel). Son style évoluant, elle voulait jouer du Horace Silver. Son mentor n’a pas accepté. Crise. Elle lâche tout et est devenue petite main dans une maison de couture.

Lorraine Geller, pianiste très connue sur la côte Ouest, a été arrêtée par une pneumonie foudroyante à trente ans.

Emily Remler, née en 1947, est une guitariste prometteuse qui disparaît à trente deux ans d’un problème cardiaque.

Nina Simone, autre star du jazz, voulait être concertiste classique mais pour les mêmes raisons que Dorothy Donegan a dû s’orienter vers le jazz et la défense des droits civiques. Une femme engagée, frustrée et en colère.

On finit avec Monica Zetterlund, chanteuse de variété en Suède (plusieurs passages à l’Eurovision) qui souhaitait devenir chanteuse de jazz. Elle a tenté sa chance aux USA grâce à Léonard Feather, sans grand succès (une blanche chantant avec des noirs , ce n’était pas bien vu) bien qu’ayant enregistré avec un Bill Evans en pleine forme (voir l’excellent film Monica’s waltz).

Ont collaboré à cette chronique :

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