(26) DrômeParfum de Jazz

11/08/2021 – Joëlle Léandre / Myra Melford / Lauren Newton Trio à Parfum de Jazz

Qui commence ? Regards.

Haussements d’épaules. Mentons levés. Moue. Grimaces. Toi ?

Hop, coup d’archet, voix qui claque, petits clusters de piano. Taratata, les voilà parties. Barrées.

Et ça se poursuit, et ça se cherche, et ça cherche à se fondre dans le son de l’autre. Ça se croise.

Qui infléchit ? C’est une histoire écrite sur l’instant, un dialogue, un jeu. Ça se veut ou pas, ça se donne ou pas. Léger ou grave.

Pour jouer à ce niveau, où tous les risques sont non seulement permis mais tentés, il faut être à la hauteur de son art. Sur le programme il est écrit que la pianiste Myra Melford fait faire à son piano des choses pour lesquelles il n’a pas été conçu. Elle est prolixe, inventive et sait tout jouer. Il en est de même pour la vocaliste Lauren Newton. Elle s’exprime en mille langues, la langue du vent, de l’eau, et en toutes celles dont elle seule a le secret. Quant à Joëlle Léandre, elle se dit nomade et gypsy, je la croirais volontiers indienne ou inuit, tant il se dégage de sa contrebasse une énergie des profondeurs, celle des chamanes, quelque chose de surnaturel (elle qui n’est pas mystique pour un sou).

Les trois consœurs se lancent dans l’improvisation comme dans un corps à corps, comme dans une partie dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants, ni les règles, si ce n’est que la recherche du plaisir dans la construction collective. Elle ne se fait pas sans chaos, sans grincement, sans heurt, sans dialectique. Elle peut prendre la forme d’une dentelle, d’une soupe aigre douce ou d’un plat de choix. Les tableaux qu’elles inventent ne sont jamais les mêmes. Elles jouent plus que la musique, sur scène. Je garde de ce moment la chaleur des échanges, la drôlerie, la grandeur d’écoute, et le plaisir partagé, où l’étonnement est le moteur grâce à la singularité affirmée de chacune des musiciennes. Musique de l’instant, en live, tout cela est précieux, comme la vie.

Ont collaboré à cette chronique :

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