(26) DrômeParfum de Jazz

13/08/2021 – Leïla Olivesi Nonet à Parfum de Jazz

Nouveau coup de chapeau à Alain Brunet qui par sa programmation nous permet de découvrir en direct les artistes que nous ne connaissons que par le disque ou pas du tout. Leïla Olivesi qui se présente à nous à la tête de son nonet fait indéniablement partie de ces musiciens adulés et reconnus par leurs pairs mais qui n’ont pas loisir à parcourir l’hexagone pour que leur musique soit parfaitement vivante, timidité devenue coupable de trop d’organisateurs et de patrons de clubs, la Covid a trop souvent bon dos…

Pour Leïla Olivesi, son art de l’arrangement s’inscrit dans la très respectable continuité de ceux de Duke Ellington et Billy Strayhorn qu’elle connait par cœur et redit avec une véritable singularité pour alimenter son creuset d’influences originales. Le premier titre, qu’elle dédie à Claude Carrière, est troublant, il a les couleurs particulières de l’orchestre du Duke… Le baryton se prend pour Harry Carney, le piano pour Ellington jusqu’à cette très fine citation du « A » Train, et la marche funèbre de Chopin pour conclure. La Suite Andamane qu’elle met en images sonores pour son dernier opus a été notamment distingué par la vénérable académie Charles Cros, elle occupera, en quatre mouvements, une partie du répertoire de la soirée. L’originalité indéniable de Leïla est d’avoir superposer aux timbres de son nonet un dixième instrument : les vocalises de Chloé Cailleton, mais aussi, la « folie » de la guitare si personnelle de Manu Cojia qui apporte ses couleurs significatives, les « surprises » dans cet univers policé d’un medium band acoustique où l’écriture passe au premier plan des moments solistes. Un nonet +1, ce n’est pas un big band, le volume sonore n’est certes pas le même, les ambiances insolites sont aussi un peu là pour suppléer à cet état et c’est alors que je pense aussi aux arrangeurs de la côte ouest et à leurs solistes « désabusés », tout « cool » si naturellement. Le tandem éprouvé et redoutable que forme Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kantomanou à la batterie est le cœur qui alimente et propulse l’équipe soudée et attentive aux directions de la cheffe. L’une des singularités de chacun des solistes est de ne pas donner dans les traits de virtuosité, peu de notes mais surtout des couleurs, c’est la touche de Leïla qui nous emmène en douceur dans son monde imaginaire pour des voyages de l’âme, il faut tout simplement se laisser emporter avec elle, peut être fermer les yeux. Finesses et délicatesse me semble les mots justes pour qualifier les interventions de chacun des solistes. Evidemment bien sûr il fallait un standard et Satin Doll semblait de rigueur pour ce Parfum de Jazz, encore une fois respect et recomposition des arrangements originaux, fort naturellement, avec grâce, Chloé est à son avantage.

Leïla Olivesi: piano, direction ; Quentin Ghomari: trompette ; César Poirier: sax alto, clarinette ; Adrien Sanchez: sax ténor ; Jean-Charles Richard: sax baryton, sax soprano ;  Fidel Fourneyron: trombone ; Manu Codjia: guitare ; Yoni Zelnik: contrebasse ; Donald Kontomanou: batterie + Chloé Cailleton: voix

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