(69) Rhône

17/09/2021 – David Linx au Centre Culturel d’Ecully

Centre Culturel d’Ecully, présentation de la saison 2021 / 2022 : Christophe Moussé, son directeur artistique, aime le jazz actuel, le défend et le propose à la découverte et aux aficionados, c’est avec un concert gratuit, trois étoiles, sur l’esplanade de « sa » maison qu’elle peut désormais commencer…

Il n’avait pu venir en 2020 pour les raisons que nous connaissons tous, il fait l’ouverture avec son dernier projet. David Linx s’est offert un trio original de jeunes loups aussi dynamique que lyrique pour servir son projet personnel le plus singulier. Auteur et compositeur de la grande majorité des titres, David donnera ce soir « Skin in the game » dans l’intimité du lieu. Pour ce projet qui ponctue singulièrement sa prolifique carrière, il a tenu à affirmer ses recherches vers un jazz contemporain personnel, sans artifices ni concessions quelles qu’ils soient, sa voix, ses scats, ses textes souvent d’actualité ; sa grande classe sur scène, cette énergie et la tendresse aussi qui sont toujours les siennes. Les compositions sont toutes déjà dans nos mémoires, les mélodies sont évidentes, obsédantes, les textes (fort malheureusement j’ai encore besoin de l’écrit pour les suivre tous). Il y a plus de trente ans déjà que David faisait les beaux jours de La Tour Rose à Saint Jean, puis de l’amphithéâtre de l’Opéra où il fut souvent convié et d’autres lieux encore.

Oui mais cet éternel jeune homme ne se laisse pas dépasser, il a bien compris que c’est avec la jeune génération qu’il sera encore créatif, et quel choix providentiel ! Là au centre il est l’un des contrebassistes les plus demandé des scènes et des studios, le canadien, français d’adoption, Chris Jennings est systématiquement créatif et « booster » absolument, il est de ceux qui savent s’effacer pour laisser l’espace nécessaire à La Musique et c’est pour mieux « groover » vers un solo magistral. A jardin, il va montrer son indéniable originalité parmi le magnifique panel des pianistes du moment, Grégory Privat retiendra toutes les attentions dès son premier solo ébouriffant. Ses soli sont presque systématiquement des crescendi dont on ne sait jusqu’où ils vont nous emmener, la pression se relâche un peu, naturellement, jusqu’à retrouver la tension de croisière donnée par le boss. Grégory a dû se faire gronder par ses professeurs, il se tient mal devant son clavier, ses avant-bras sont trop bas, ses poignets aussi, il frappe les touches successivement avec les doigts plats puis crochus pour retrouver une position académique. Ce savoir-faire qui n’est plus celui des nouvelles générations du clavier lui donne sans doute aussi les opportunités de sa singularité et comme sa grande inventivité est affutée, il est absolument brillant. A cour, le batteur évidemment, Arnaud Dolmen est un mélodiste des cymbales et des peaux qu’il ne ménage pas mais sait les jouer aussi avec une grande finesse. Sur le titre qui lui est réservé et qu’il introduit, il aura construit un solo particulièrement musical depuis les cymbales qu’il frappe de ses baguettes sur la tranche, il donne la mélodie, puis les caisses pareillement et tout l’instrument enfin pour emmener l’orchestre avec lui.

Heureusement il nous restera le disque, les « bad boys » sont sur le devant de la scène, ce soir, en petit comité, ils nous auront fait partir là où les sentiments sont forts…

P.S. Pour cette saison le jazz d’exception sera encore présent à Ecully avec un oudiste singulier, Anouar Brahem est annoncé en quartet sur l’esplanade pour le 24 juin, à vos tablettes…

Ont collaboré à cette chronique :

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