(26) DrômeParfum de Jazz

18/08/2021 – Rachel Therrien Quartet à Saint-Restitut pour Parfum de Jazz

Ce soir le festival Parfum de Jazz fait halte au pied de la jolie église romane du XIIième siècle de Saint Restitut, le mistral est de la partie et fraîchit l’atmosphère.

Après les discours protocolaires d’usage, toujours un peu longs, Alain Brunet nous présente le quartet de la jeune trompettiste canadienne Rachel Therrien. Parité respectée puisque la batterie est tenue par une batteuse Mareike Wiening.

La trompettiste débute son set avec V for Vena. Elle vient nous présenter son album « Vena » qu’elle comptait initialement intituler « V » pour « 5 » ou surtout le vol des bernaches qui volent en V pour aller plus loin.

D’où le titre du second morceau Migration qui commence par un long et étrange solo de bugle. Comme pour le morceau précédent on découvre une musicienne qui « parle » avec son instrument, il n’y a plus qu’à apprendre le dictionnaire.

Puis Daniel Gassin rentre dans le mouvement au piano et lâche des séries de notes cristallines.

L’album a été enregistré à Paris, lors de l’enregistrement Rachel logeait à Pigalle d’où le titre de ce troisième morceau, naturellement gai et enjoué, allez savoir pourquoi ? Le son de la trompette présente un growl très particulier.

Bilka’s Story qui tient son nom d’une petite ukrainienne qui expliquait que ce morceau lui faisait penser à un petit écureuil sautillant (« Bilka » signifierait écureuil en Ukrainien).

Il n’y a pas que des prénoms de femmes dans les morceaux alors Rachel a choisi d’intituler une composition Emilio, il faut passer la voir après le concert pour comprendre de quoi il en retourne toujours est-il que c’est un thème langoureux et pointilliste comme un Seurat.

Synchronicity se traduit par un sympathique dialogue entre la contrebasse de Dario Guilbert et la trompette. Le piano vient s’immiscer puis les rimshots suivent. Un morceau sans thème hormis des successions d’ostinatos qui montent crescendo en tension jusqu’à la résolution finale.

Just playing pour rappeler que ce que nous voyons n’est que que la partie immergée de l’iceberg de la vie d’un musicien actuel qui est « pollué » par de l’administration et autres tâches annexes.

Ensuite arrive un morceau dédié à son père 75 pages of happiness lorsqu’il fêtât ses soixante-quinze ans. Piano et contrebasse soutiennent délicatement le bugle aérien de Rachel.

Suit un morceau très free bugle et batterie, qui se calme avec l’adjonction de quelques notes de piano étouffées et quelques pincement d’une corde de la contrebasse

Comme cela avait été évoqué plus haut Rachel revendique que son sexe ne change rien à la qualité de son jeu (elle entend trop souvent « vous jouez bien pour une femme » ce qui a le don de l’exaspérer) d’où le titre Parity.

Pour clore son set elle nous présente Assata en l’honneur d’Assata Shakur, une femme en lutte pour les droits des gens de couleurs, une personne que Rachel Therrien aimerait rencontrer. Le premier morceau tendance bop et swinguant du répertoire.

Pour le rappel Alain Brunet est appelé à la rescousse. Sur un thème très « second line », n’ayant pas sa trompette avec lui, il nous entame un scat de son cru qui devient dialogue avec la trompette de Rachel. Amusant et bien fait. Alors Alain part en sifflet. Ce qui ne manque pas d’amuser la trompettiste qui s’y essaie aussi avec moins de succès, mais la connivence est là.

Ainsi se termine ce concert original qui nous aura permis de découvrir une jeune et attachante interprète.

Ont collaboré à cette chronique :

X