(73) SavoieBatÔjazz

27/08/2021 – « Caja Negra » de Pierre Bertrand au château de Lucey pour BatÔjazz

Quel concert flamboyant et baroque! Un mäelstrom! Une tornade, un tourbillon de couleurs! Pierre Bertrand (flûte traversière, saxophones soprano et ténor, arrangements et direction d’orchestre), que nous connaissions depuis son arrangement de « Aqua » (CD d’Alfio Origlio) n’est pas seulement un arrangeur de grand talent. C’est aussi un instrumentiste prolixe, virtuose, dont le phrasé met en avant un jaillissement rythmique que l’on retrouve dans les thèmes et les compositions .

Comment parler de cette musique? Il vaudrait peut-être mieux ne pas en parler mais donner envie de l’entendre. Propos nécessairement amphibologique.

Un contraste extrême entre la richesse des sources et la puissance vivifiante de la synthèse, à la limite de l’abstraction! Ouh! Ne prenez pas peur!

La richesse des sources:  pour commencer, Pierre Bertrand habitué des grands ensembles qu’il dirige avec Nicolas Folmer (le Nice Jazz Orchestra) puis seul (le Paris Jazz Big band). Bref un habitué des arrangements et du maniement des masses sonores. Un fou de la musique de Duke Ellington. Parmi les œuvres foisonnantes de ce dernier, les titres publiés dans l’album de 1964 « Far east suite » chacun racontant une ville, une atmosphère évoquées à la suite d’une tournée au Moyen Orient: Isfahan, Amad, A tourist point of view, Bluebird of Delhi-(Minah).

Et puis l’expérience de la « Caja Negra » (la boite noire plutôt que la Camera obscura) où se mêlent le jazz et la musique flamenco pour laquelle des musiciens comme Edouard Coquard, Alfio Origlio, Jerôme Regard ou la chanteuse fascinante Paloma Pradal sont taillés sur mesure.

 

Ce soir, la formation de Pierre Bertrand a plutôt décliné des titres de la Far East suite, mais aussi a lancé quelques pointes (You are my Blood, Sweat Dreams, Looking for eternity) en direction du nouveau CD « Colors », élaboré sous le signe de l’amitié avec le peintre Antoine Hierro. Amitiés et couleurs sont bien centrales, chez Pierre Bertrand, comme de vivantes racines où se nourrissent son énergie créatrice; bref cette soirée du 27 août  illustre aussi le voyage créateur qu’est la vie de Pierre Bertrand

Et pour en arriver à l’abstraction, admirez les tableaux de Antoine Hierro reproduits dans le CD « Colors », comparez avec la puissance des lignes mélodiques, le jeu orchestral parfois « beethovenien » (mais si, mais si: tout l’orchestre joue à l’unisson quelques traites rythmiques et mélodiques énergiques), et vous aurez une idée de ce que la synthèse de Pierre Bertrand peut faire.

Nous avons aimé ces unissons, les traits de saxophone de Pierre et de voix de Paloma, le jeu absolument décidé et décisif de Jerôme (pas de place pour l’hésitation, ni pour l’amphibologie, là!) les plages d’éternité qu’ouvre parfois le piano d’Alfio, le jeu orchestral de l’ensemble dans cette musique à la fois très écrite et très improvisée: le puissant et dansant paradoxe que cultive et l’auteur et les interprètes de cette musique bariolée !

Merci à Dominique Scheidecker pour ses photos.

Ont collaboré à cette chronique :

X