(73) SavoieBatÔjazz

03/09/21 – Angelo Maria pour Batôjazz

Angelo Maria met Lagos ambiance…

Le jeune collectif entourant le pianiste et compositeur Philippe Codecco a enflammé la croisière sur le Rhône proposée par le festival aindino-savoyard, avec l’afro-jazz survolté de son nouvel album Afromando.

Contrairement à l’an dernier lors du concert de l’Angolais Toto St, il manquait juste un peu de soleil pour ce rendez-vous comme de coutume proposé à bord du bateau le Savoyard par la dynamique équipe de Batôjazz, ce qui n’a pas empêché le groupe Angelo Maria de nous transmettre toute la chaleur torride de son luxuriant afrobeat. Si dans le genre on connaissait notamment les répertoires des lyonnais de Supergombo ou du NMB Afrobeat Experience, il faudra désormais compter sur le collectif fondé par le pianiste et compositeur savoyard Philippe Codecco dont le nouvel album « Afromando » (nous en reparlerons bientôt ici) vient de paraître à l’issue d’une résidence en mars dernier à La Motte Servolex. Un nouveau projet pour ce musicien accompli et aux nombreuses expériences (on l’a entre autres connu au sein du groupe rock grenoblois La Strada) qui a passé beaucoup de temps en Afrique -notamment au Burkina Faso- où il a travaillé avec des musiciens du cru avant de ramener l’idée de ce répertoire afro-jazz. Depuis quatre ans, un collectif de jeunes musiciens brillants venus de Grenoble, Chambéry et Paris, s’est accaparé ses compos sous la houlette de Pierre-Marie Lapprand, un saxophoniste de haute volée présent sur tous les fronts, de l’électro au rock metal en passant par le jazz-grunge et la chanson. S’il n’aime rien plus que d’épauler, transmettre et  partager, l’aîné Philippe a finalement rejoint ce combo intergénérationnel qui porte les deux autres prénoms (Angelo Maria) de ses origines italiennes.

Rythmique enivrante

Devant un nombreux public qui a vite bondé les sièges du bateau, les six musiciens compactés sur la micro-scène de 4m x 2m ont vite élargi l’espace en nous ouvrant de vastes horizons, essentiellement africains même si Afromando se veut la contraction des rythmes afros et des mélodies traditionnelles de la mandoline plus italienne. Mais c’est assurément l’afrobeat initié par Fela, auquel le premier titre éponyme rend hommage, qui prédomine largement dans ce copieux et généreux répertoire. Du très lourd d’entrée, avec son entêtante rythmique tenue par la guitare de Martin Ferreyros qui drive du bout du pied sa wah-wah vite en surchauffe et qui annonce la machine à groove qui va s’y greffer. On avait déjà remarqué par le passé l’excellent son produit dans l’antre du navire, confirmé encore ce soir et particulièrement lors des flamboyants chorus délivrés par Pierre-Marie Lapprand au sax. Il faut dire qu’avec l’inébranlable beat soutenu par le batteur Théo Moutou et le bassiste Juan Villarroel, les compos offrent un boulevard tant au sax à la profondeur éthérée  qu’à la guitare aux riffs acérés, le tout enveloppé par les nappes  des synthés tenus par Philippe et par le jeune pianiste Charles Heisser. Une plénitude sonore s’installe dès Mama Maria, aussi vaste que les plaines africaines avec des morceaux qui étirent leur groove comme à l’infini. C’est encore un beau dialogue sax -guitare qui s’instaure sur Mante, où Martin  développe un son plus rock et bien pêchu avant d’être poursuivi par les attaques de basse et le drumming métronomique de Théo. Les chorus se feront plus free dans l’esprit du jazz-rock seventies lors de Duke, hommage appuyé de Philippe à George Duke qui fut l’un des pères fondateurs de la modernité dans l’usage des claviers. L’ambiance dans l’antre qui glisse au fil de l’eau s’électrise tandis que certains spectateurs se mettent à danser dans l’allée centrale.

Deux sets qui matchent

Après une petite pause le temps de déguster la bière de Chanaz aux couleurs de Batôjazz, c’est l’enjoué One Vision qui entame le second set et nous plonge en quelques secondes dans les rues nigérianes grouillantes et bigarrées, nous rappelant beaucoup Supergombo. Entre wah-wah nerveuse, chorus vaporeux de sax, gros son de Fender Précision à la Stanley Clarke, l’atmosphère créée nous ensorcelle au fil de trois titres enchaînés, hors du temps, alors que défilent paisiblement les berges du fleuve noir, éclairées des seules lumières du bateau. Une ambiance étrange et apaisante qui ne laissera pas longtemps place à la rêverie alors que Philippe présente Mac Coy, titre hommage cette fois à un autre pianiste de ses références, McCoy Tyner bien sûr, autre grand spécialiste du groove qu’il invite au passage à réécouter. La rythmique du triptyque basse-batterie et guitare scarifiante y est effectivement diabolique, et qui, mêlée au sustain des claviers,  fait le lit à un époustouflant chorus de sax . La transe enivrante retombant à l’arrivée à quai, il faudra bien deux gros rappels avant de se quitter. D’abord avec Angel Maria qui plonge aux racines de l’afro-jazz et va transformer tout le navire en club surchauffé, puis avec Addiba (à la mémoire du premier soldat sénégalais venu défendre la France durant la deuxième guerre mondiale). Assurément, la croisière s’est bien amusée en découvrant ce groupe épatant, et l’on a surtout hâte de retrouver les incandescents Angelo Maria sur de grandes scènes à la mesure de leur mérite.

 

Merci à Dominique Scheidecker pour ses photos.

Ont collaboré à cette chronique :

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