(38) IsèreLes Détours de Babel

05/09/2021 – Claude Tchamitchian en solo « In spirit » aux Détours de Babel

Pour le premier brunch de cette nouvelle édition des Détours de Babel, nous nous retrouvons avec le soleil dans ce magnifique décor qu’est le Fort Barraux. Certes, un fort militaire remanié par Vauban, mais dans un cadre splendide au pied de la Chartreuse, face au massif de Belledonne.

C’est la Chapelle qui accueille Claude Tchamitchian, le contrebassiste, pour son concert solo « In Spirit ».

Claude nous présente d’abord son instrument, une contrebasse particulière, ayant appartenu à Jean-François Jenny-Clark grand contrebassiste prématurément disparu en 1998, et que les circonstances lui ont permis de posséder. Sans cet instrument mythique d’une grande technicité et sur lequel il a modifié l’accordage afin de pouvoir jouer la musique « qu’il avait dans la tête », cette pièce en solo n’aurait pas été possible :
« L’accordage traditionnel, c’est mi-la-ré-sol, c’est-à-dire en quarte. Mais il ne me permettait pas d’arriver à la musique que je voulais jouer pour ce solo. J’ai réfléchi, tâtonné, et je suis finalement arrivé à un nouvel accordage, en quintes diminuées : mi bémol-la -mi bémol –la. Personne n’utilise ça, parce que ça fout le bordel dans les doigtés, tous les repères changent, il faut presque repartir de zéro, mais ça me permet d’arriver à ce que je voulais jouer, à cette musique que j’entendais dans ma tête, à base de gammes par ton, et de gammes diminuées, toutes ces gammes symétriques que l’on trouve notamment chez Maessien… ». (Claude Tchamitchian pour Jazz Magazine le 21 février 2019)

« In Spirit » est un hommage à « JF ». Claude en jouera deux extraits.

Avec une certaine solennité il nous emmène aux confins de l’Arménie, laissant échapper de ses deux archets et de ses cordes une mélodie empreinte de nostalgie, de paix. On est transporté dans des paysages arides, secs de montagnes lointaines où la musique résonne. Avec deux archets, les voix, les résonances, les harmoniques sont multipliées.
La profondeur des sons, la gravité des timbres, le changement de rythme quand la contrebasse s’emballe, et la musique devient transe, quand certaines phrases sont répétées.

Après ce premier morceau intitulé In Memory, Claude joue le morceau spécialement dédié à JF Jenny-Clark In Spirit. Là encore il nous entraîne dans une ambiance de recueillement, d’intériorité, lorsque soudain jouant avec son archet elle devient vigueur, enthousiasme et joie. Le jeu avec la résonance est particulièrement réussi.

Ce solo de basse de Claude Tchamitchian fut magnifique, captivant, lyrique.

Les applaudissements intenses résonnent aussi sous la voûte de cette petite chapelle, Claude Tchamitchian les partage avec sa contrebasse, comme si le mérite ne revenait qu’à elle !

Ont collaboré à cette chronique :

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