(69) RhôneAuditorium de LyonJazz à Vienne

18/10/2021 – Michel Portal en quintet à l’Auditorium de Lyon avec Jazz à Vienne

« Mp 85. »

Michel Portal, quatre-vingt-cinq ans.

Après dix ans sans enregistrer, il revient avec sa nouvelle création. Il revient aussi pour nous faire partager son envie, son besoin de monter sur scène pour dispenser sa musique, accompagné de son vieux complice Bojan Z et de quelques jeunes loups bien décidés à profiter de l’expérience et de la jeunesse d’esprit du clarinettiste.

Quatre-vingt-cinq ans ans le bel âge ? En tous les cas, celui qui pousse Michel Portal à explorer, à se renouveler, à s’abreuver des torrents créatifs de la jeune garde qui l’accompagne pour venir grossir le flot de la liberté sans limite qui le meut.

Avec le voyage pour thème, il était impensable pour Michel Portal de ne pas prendre la route avec ses compagnons de jeux pour porter aux quatre vents cette vie, cette envie qui l’anime encore et toujours et célébrer cet album « MP85 » récompensé de la victoire du jazz de meilleur album.

Le noir se fait, le silence s’installe, plein de respect, saupoudré d’une pincée d’impatience.
Le capitaine au long cours apparait sur la scène de l’auditorium, il précède son équipage.
Le voyage va commencer, les instruments s’animent enfin.
Direction l’Afrique avec le premier titre, African Wind, clarinette basse et trombone s’entremêlent sur ce thème joyeux et malicieux.
Michel Portal fait résonner un premier chorus dans la salle attentive. Robinson Khoury au trombone le suit, nous y sommes, ils y sont.
Bojan Z se lève pour attaquer Full Half Moon, le piano se fait percussion, rejoint par la clarinette et le trombone.  Julien Herné à la basse et Stéphane Galland à la batterie se joignent au trio.  Les chorus s’envolent à nouveau, les sourires s’esquissent, la complicité est manifeste.
Puis Armenia interprété par les seuls Michel Portal, Bojan Z et Robinson Khoury fait courir un frisson d’émotion, on se délecte de la douceur de ce titre.

Jazzoulie ou jalousie, la rythmique se tend, le thème précis, ciselé, impétueux nous sort de notre rêverie. La musique se disloque, les instruments se répondent, interjectent, les onomatopées s’agencent pour redevenir thème et musique.
Un petit jeu se met en place entre Bojan Z et Michel Portal, le premier annonçant les morceaux, sollicitant malicieusement le second pour qu’il explique la genèse de tout ceci. Michel Portal ne se faisant guère prier pour révéler et éclaircir les sources de son inspiration.

Split the différence, Desert Town, Mister Pharmacy, les morceaux s’enchainent, faisant la part belle aux motifs musicaux complexes. La complicité de Michel Portal et Robinson Khoury est flagrante. Ils se poussent, ils s’amusent, ils se répondent. Point de querelle des modernes et des anciens, juste le plaisir du jeu et du partage.
L’énergie, l’audace, la vitalité de ce quintet nous soulèvent, les applaudissements durent après chaque morceau, on se repait de cette ardeur.

L’émotion de Michel Portal est tangible, le délice et le contentement sont partagés par tous les protagonistes de cette soirée.
Après un bis impétueux, la standing ovation qui suit n’est pas feinte, nous sommes sous le charme de ce jeune homme de quatre-vingt-cinq ans ans à l’ardeur et la flamme exubérantes.
Heureux comme ceux à qui Michel Portal a fait faire un beau voyage.

Les musiciens :

  • Michel Portal : clarinettes, sax soprano, compositions
  • Bojan Z : piano, claviers
  • Robinson Khoury : trombone
  • Julien Herné : basse
  • Stéphane Galland : batterie

 

NdlR : encore une fois un attaché de presse trop zélé a exigé de « contrôler » les photos prises par les photographes accrédités avant publication. Encore une fois l’organisateur n’a rien trouvé à y redire. Nous avons refusé de suivre cette consigne. Nous marchons décidément sur la tête et nous ne pouvons que réprouver ce genre de démarche qui porte atteinte à la liberté d’expression. Si Monsieur Portal ne veut plus que nous parlions de lui il n’a qu’à le demander clairement, cela nous évitera de perdre notre temps. 

Ont collaboré à cette chronique :

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