(07) Ardèche

12/11/2021- Projection de « Changer le monde » au Festival Cinézic à Vernoux (07)

Le festival Cinézic se poursuit aujourd’hui avec la projection du film Changer le monde, du réalisateur Frank Cassenti. Ce cinéaste qui a déjà réalisé de nombreux films sur la musique et les musiciens dont Lettre à Michel Petrucciani et Je suis jazz, c’est ma vie avec Archie Shepp pour les plus connus est aussi musicien, directeur et co-fondateur du festival Jazz à Porquerolles. C’est dans le cadre du festival Cinézic qu’il nous propose un documentaire sur un spectacle unique qui rend hommage à Martin Luther King durant l’édition 2018 de Jazz à Porquerolles.

 

Son accompagnateur pour le documentaire sera le saxophoniste Archie Shepp, ce grand musicien qui a joué avec John Coltrane et a parcouru toute la musique afro-américaine. Ce n’est pas un voyage sur le plan géographique car nous restons sur l’ile de Porquerolles tout au long du documentaire, mais c’est un cheminement dans l’émotion et les rencontres. Il y a cependant plusieurs images d’archives qui complètent le film. Le fil conducteur du film est la question « la musique peut-elle contribuer à changer le monde ? ». Elle est posée aux musiciens, bien sûr, au gré des balances et des répétitions pour préparer les concerts. Mais aussi aux bénévoles qui œuvrent sur le festival. Cette question nous permet de rentrer dans l’intimité du festival à tous les moments de son organisation et de son fonctionnement. Un rituel montre l’arrivée des musiciens sur l’ile. Leur débarquement en bateau est filmé accompagné par une fanfare pour leur accueil. Ces séquences rendent les musiciens spontanés et intimes. Certains dansent, d’autres discutent, tous sont enjoués d’arriver au festival.

 

Plusieurs moments sont particulièrement émouvant. Lorsqu’André Minvielle interprète Etranges étrangers de Jacques Prévert. Il y a bien sûr le concert avec Nicole Mitchell, Majid Bekkas, Badjé Tounkara, Vincent Ségal, Hamid Drake, Sophie Antkowiak, Serge Marne. Ce groupe de musiciens d’origines différentes qui jouent ensemble pour la première fois, va rendre l’hommage à Martin Luther King avec la projection du discours I have a dream durant la représentation au festival. Tous aussi émouvant est le concert donné par le groupe sud-africain BCUC avec le discours de Pretoria de Nelson Mandela. Nous aurons encore l’occasion d’être ému par le concert de reprises de Spirituals par Archie Shepp. D’autres belles séquences nous permettrons de voir et d’entendre, parfois pour une confidence ou un échange, le regretté Siegfried Kessler, Juan Cedron et son quartetto, Hermeto Pascual, Mino Cinelu, Jacques Schwarz Bart et bien d’autres.

 

A la question « la musique peut-elle contribuer à changer le monde ? », toutes les réponses sont intéressantes. Celle de la chanteuse et guitariste Lula Pena semble faire échos à une certaine philosophie puisqu’elle répond que si le monde va mal, c’est que la musique va mal alors il faut changer la musique. Cette proposition est proche de la sagesse qui dit que pour changer les autres, il faut commencer par se changer soi-même.

 

A l’issue de la projection le réalisateur se livre aux questions du public et nous donne ses points de vue. Pour lui la musique est aussi une thérapie comme la musique Gnawa par exemple. Il estime que les images sont au service de quelque chose et doivent porter un message. Il nous fait une confidence en nous disant qu’il filme chaque fois comme si c’était la dernière fois. Il évoque les changements après la pandémie de la Covid 19, car son film a été retardé, les programmations de festival se font plus dans le court terme et moins à l’avance, avec moins de résidences d’artistes étrangers. Cependant Frank Cassenti relativise car « Changer le monde » et une métaphore. Pour lui une œuvre d’art est avant tout une trace laissée dans l’humanité qui représente une vibration. Et la grande question, comment filmer la musique, sera abordée le lendemain lors de la rencontre en Master Class qu’il donne pour le festival.

 

Le cinéaste remercie le festival Cinézik car il aime et retrouve l’ambiance des bénévoles de Jazz à Porquerolles. Et si la présentation en images du festival Jazz à Porquerolles en été, durant ce festival Cinézik de Vernoux-en-Vivarais en automne était une mise en abime…

Ont collaboré à cette chronique :

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