(69) RhôneLes Guitares

10/12/2021 – Koum Tara à l’Espace Tonkin pour la clôture du Festival « Les Guitares »

Jorge Costagliola, le nouveau directeur de l’Espace Tonkin en accord avec Laurent Vincenza, programmateur du festival Les Guitares, a souhaité ouvrir la programmation du festival en proposant le projet Koum Tara pour clôre cette édition.
Non sans humour il nous précise qu’il n’y a pas de guitare dans cette formation mais que des cordes il en pleut avec pas moins de cent vingt quatre sur la scène … y compris les cordes vocales du chanteur !

Koum Tara est un projet fusionnel initié par le pianiste, compositeur et arrangeur Karim Maurice. Projet que nous suivons avec attention depuis plusieurs années. Déjà en 2017 il avait eu les honneurs de ce festival (voir ici) ; mais également en 2018 au Jazz Club de Grenoble (voir ici) ou plus récemment en octobre 2021 au Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival (voir ici). A chaque fois le plaisir est renouvelé.

Un premier disque en 2018 « Chaâbi, jazz and strings » avait fait sensation (Odrarek records).

Karim Maurice avec le chanteur Hamidou et un parolier algérien nous ont concocté un nouveau projet « Corona Chitana » (La sorcière Corona) présenté à l’Espace Tonkin ce soir.

« Fusion, chère fusion » nous dirait Philippe Simonci. Ici c’en est l’illustration parfaite : un tandem de jazzmen : Karim Maurice aux claviers et Vincent Girard à la contrebasse (qui remplace Brice Berrerd) ; un percussionnistes Kamal Mazouni ; un quatuor à corde « La Camerata : Gaël Rassaert et Mathieu Schmaltz aux violons ; Clément Sozanski à l’alto et Amandine Lefèvre au violoncelle et devant Hamidou, à la voix et aux mandoles. Et il faut faire jouer tout ce beau monde ensemble.

Karim Maurice est très à l’aise dans ce genre d’exercice et développe ici le projet en allant puiser aux sources du chaâbi algérois, cette musique populaire née au vingtième siècle est toujours très vivante. Le chaâbi est à la croisée de la musique arabo-andalouse ; de la poésie amoureuse traditionnelle ; des gnawas et d’influences européennes. Fusion !

Le premier morceau s’appelle Zidane mais n’a rien à voir avec le foot nous rassure Karim. Une parfaite mise en condition pour nos oreilles. Et déjà des fragrances sonores d’une subtilité rare. Les univers, jazz, classique, chaâbi se retrouvent. Il s’additionnent, se répondent et s’enrichissent mutuellement.

Houria qui signifie liberté est un mariage réussi entre musique chaâbi algéroise, musique orientalisante, jazz et musique actuelle.

Un petit moment d’émotion avec Ana aandi qalb créée par la chanteuse Seloua, disparue la veille à quatre vingt six ans

Shae (bienfait), une autre composition de Karim. Un thème très enlevé et magnifiquement en place. Le quatuor est ici incisif. C’est d’autant surprenant qu’il joue sans partition, et avec Karim les compositions sont denses.

Suivront Jhaef Allah (je crains Dieu) ; Kifech Nensa (« comment j’oublie » … mon pays, chanson qui vaudra quelques déboires à son auteur).

On change de registre avec Nostalgie de l’ancien monde un petit duo piano et contrebasse pour introduire le titre du projet Corona Chitana (« la sorcière Corona »), mélodie légère composée par Hamidou et arrangée par Karim.

Avec Tloumouni Kamal Mazouni initie le rythme et va le tenir de bout en bout avec son bendir (tambour avec timbre). Une véritable performance vu la durée du morceau, Karim nous offre un chorus de piano qui renoue singulièrement avec du jazz de son cru.

Le dernier morceau Ya Ladra permet à Vincent Girard de s’exprimer avec brio sur sa contrebasse. Chorus repris ensuite par Karim avec de magnifiques montées en tension.

Bien sûr nous aurons droit à un rappel. Ce concert d’une heure et demie a semblé durer une étincelle tellement il a été captivant de bout en bout.

La découverte aura été le chanteur Hamidou, une voix magnifique, un être habité par son art.

Saluons les techniciens du son et de la lumière (Florent et Cédric) qui ont largement contribué à la magie de ce concert.

 

Seloua

Ont collaboré à cette chronique :

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