(69) RhôneL'Epicerie Moderne

13/01/2022 – Kady Diarra + Vaudou Game à l’Epicerie Moderne de Feyzin

L’afrothérapie continue…

On soulignait en conclusion de 2021 la prégnance évidente des musiques afro tant sur nos scènes que dans la profusion discographique, d’une richesse et d’une qualité incroyable. A n’en pas douter au vu des nombreux albums que j’ai déjà à vous présenter bientôt et qui ouvrent cette nouvelle année, la tendance n’est pas près de se tarir, bien au contraire. Et comme si c’était un signe, ce tout premier concert 2022 en offrait un plateau de premier choix, à la fois avec la belle découverte de Kady Diarra, puis le retour de l’inénarrable Peter Solo avec Vaudou Game et son afro-funk néo-disco, fiévreusement vintage. Du cœur, des âmes fortes, des messages engagés, le groove chaud bouillant de la soirée a servi de thérapie de groupe pour réchauffer notre hiver toujours covidé.

 

Douce transe, chers pays de son enfance…

Ses clips m’avaient interpellé mais je découvre réellement ce soir Kady Diarra, sans même connaître son dernier album «Burkina Hakili» (l’esprit du Burkina) paru au printemps dernier sur le label Lamastrock, ce qui étonnerait si l’on n’apprenait que la chanteuse et danseuse née à Abidjan et issue d’une famille de griots Bwaba est désormais installée en Ardèche. Une artiste très cosmopolite et à l’identité multiple, ayant vécu entre Burkina Faso et Mali, mixant dans son intense tourbillon rythmique les cinq langues qui la construisent, le bambara de sa mère malienne, le bwaba de son ethnie Bwa, le mooré pratiqué au Burkina, le dioula de la Côte d’Ivoire où elle est née et a grandi, et bien sûr le français. Une richesse qui nous rappelle beaucoup notre coup de cœur précédent pour Dobet Gnahoré qui justement s’était retranchée à Abidjan pour son album afro-pop et electro «Couleur». Si la musique diffère un peu, ces nouvelles grandes dames de l’afro partagent à la fois les mêmes sources linguistiques et les mêmes messages. A la fois des battantes féministes mais aussi des mères sages prônant la patience, le pardon, et le partage dans la fraternité.

Dans sa mise superbe, toute resplendissante et charismatique, Kady Diarra livre une ode au métissage, glorifiant l’humanisme et la sagesse de ses cultures plurielles. Tout l’Ouest africain et les musiques du Sahel nous sonnent d’emblée avec bonheur aux oreilles, ce savant mélange rythmique irrésistible où se marient instruments électriques et tout un arsenal percussif d’instruments traditionnels dont notamment le balafon et le n’goni. Un îlot tenu avec délicatesse par Kassoum Dembélé, soutenu par une batterie sommaire avec une caisse claire, un tom et une calebasse frappée comme un cajon. Un Samba Diarra frappeur mais qui est aussi un merveilleux flûtiste dont le son magique contribue instantanément à l’évasion.

Une affaire de famille et de complicité évidente puisque les musiciens sont les neveux de la chanteuse, comme aussi le bassiste groovy Jean Claver Tchoumi (que l’on connait sous le pseudo de « Chouchou basse »)  auquel s’ajoute le fin guitariste français Thierry Servien. Les dialogues de cour à jardin entre flûte et percussions, comme les superbes chœurs de chacun offrent un parfaite harmonie tandis que la lumineuse Kady qui alterne afro groove solaire et ballades doucereuses nous envoûte totalement, irradiant le gradin en un simple set de quarante minutes. Première partie rapide oblige, mais il va sans dire que l’on n’a rien vu passer et qu’on en redemanderait avec joie. A ce propos, avis aux amateurs, elle sera en tête d’affiche cette fois, le 1er avril au Théâtre des Pénitents de Montbrison, et ce n’est pas un mauvais poisson…

 

 

La fièvre vaudoue

On saluait dans ces colonnes au printemps dernier le nouvel album de Vaudou Game «Noussin» (Reste fort en mina, le dialecte togolais) six ans après le mémorable et révélateur «Apiafo». Un nouveau répertoire pour son leader Peter Solo qui a revu le line-up du groupe désormais sans cuivres mais avec deux claviéristes dont Jérémy Garcia (piano, synthés) et Clément Favre qui en plus des synthés et des chœurs assure avec brio une guitare rythmique ultra funky. Son homonyme Manu Garcia est à la batterie, tandis qu’Omar Horch tient ardemment la basse. Le chanteur et lead guitar toujours torse nu tombe ici pour la première fois le masque tribal dont il s’affublait, à l’heure où c’est tout le public qui se voit contraint d’en porter un. Drôle de paradoxe…

Si la musique de Vaudou Game évolue au travers de ses nouveaux titres, son afro-funk incandescent glisse de l’afrobeat radical des débuts vers des rythmes tour à tour plus funky-disco période fin seventies, ou franchement plus rock eighties, tout ce qui a nourri Peter à son époque londonienne. Le look uniforme des musiciens avec leurs polos crème, leurs pantalons Karting en nylon bleu roi à patte d’eph’, comme la crinière bouclée des guitares basse et rythmique n’est d’ailleurs pas fortuit dans le mode vintage du groupe, à l’instar du son analogique voulu en studio. La forme musicale a donc légèrement chaloupé mais le fond reste toujours du même engagement, avec des textes faisant le constat du péril écologique qui nous guette, sujet de prédilection de Peter Solo qui émaillera le concert de discours en ce sens. Quitte parfois à se «jeanclaudevandamiser» dans un sketch erratique, comme me le souffle avec humour Niko qui signe les belles photos de cette chronique…

Car c’est bien à une thérapie par le vaudou que nous invite l’inénarrable chanteur, loin des fantasmes de satanisme ou de sorcellerie que véhicule ce mot, rappelant inlassablement que le vaudou est avant tout une philosophie spirituelle en lien direct avec les éléments de la Nature avec laquelle l’humain doit rester en harmonie. La terre, l’air, le feu et l’eau, éléments fondamentaux à préserver et avec lesquels il nous enjoint de communier et de communiquer, à l’heure de la surconsommation de masse comme des catastrophes climatiques qui se multiplient. Autant de messages égrenés au fil des titres durant lesquels il sera bien difficile de rester sagement assis sur son siège comme le veut la règle en vigueur, tant le groove démoniaque ne faiblit jamais et porte instinctivement à la danse. De l’infernal Zorromi à Be my Life en passant par Lady Bobo, de Mon canapé avec sa rythmique très M. au tubesque Bella et son néo-disco qui lorgne vers Daft Punk & Nils Rogers, la puissance libératrice du groove est irrésistible, et l’on accrochera pareillement aux titres plus rock tels Tu as déconné, Camisole ou encore Tu vas le regretter. Il faut dire que Peter et ses acolytes ont le don de tracer des gimmicks toujours très entêtants, et souligner l’impact des voix qui boostent le chant puisque tous les musiciens font également les chœurs et ça envoie. On attendra le premier rappel pour entendre leur précédent tube et hymne qui a contribué à leur renommée, un Pas content repris dans la joie par toute l’assistance cette fois debout, même si nous étions d’évidence tous très contents de ces retrouvailles enflammées avec eux.

Ont collaboré à cette chronique :

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