(69) RhôneSaint-Fons Jazz

28/01/2022 – Quarteto Gardel en Trio au Saint-Fons Jazz

Créé en 2009 à Toulouse par l’accordéoniste Lionel Suarez, qui avoue avoir toujours baigné dans les thèmes de Gardel à travers les airs de tango que jouaient son père lui-même accordéoniste, le Quarteto Gardel se compose de la brillante trompettiste Airelle Besson , du violoncelliste multicarte Vincent Segal et du percussionniste Minino Garay malheureusement retenu en Argentine par la crise sanitaire ce soir (ce qui fera dire à Vincent Segal « ce soir  nous sommes un peu comme un cirque sans clown »)… C’est donc en simple Trio Gardel que se présente la formation sur la scène du Théâtre Jean Marais et qui plus est pour un régal sans artifice de nos oreilles dans une formule exclusivement acoustique.

Longtemps muri sur scène, ce programme a fini par faire neuf ans après sa création, l’objet d’un album sous le titre « Lionel Suarez Quarteto Gardel » (Bretelles Production 2018) ; tant par sa composition originale que par son répertoire qui s’ouvre à d’autres musiques que le tango, la formation continue de se produire régulièrement en live car elle trouve facilement un public. Il faut dire aussi que le personnage même de Carlos Gardel (1890-1935) a quelque chose de fascinant, lui dont la France et l’Uruguay se disputent encore le lieu de naissance, même si des documents attestent de sa naissance à Toulouse et de sa migration très jeune avec sa mère vers Buenos Aires. Semble-t-il pour échapper à la guerre 1914-1918, il a lui-même brouillé les pistes sur ses origines françaises et ce d’autant plus qu’il parvient à devenir un artiste de premier plan du tango argentin d’abord en Amérique du Sud puis dans le reste du monde tant par ses tournées internationales que par le cinéma dont les scénarios lui procuraient des prétextes à chanter. Disparu au sommet de sa gloire dans un accident d’avion, son aura n’a pas cessé de s’accroitre par la suite au point que l’on dit en argentine que « Carlos Gardel est au tango ce que Maradona est au football ».

Loin de l’instrumentation traditionnelle du tango, hormis l’accordéon assez proche du bandonéon, les trois musiciens, qui ne pratiquent pas cette musique dans leur contexte habituel d’ailleurs très différencié, parviennent à colorer autrement le son et le style de cette musique ce qui en fait tout l’intérêt sur scène. Par ailleurs tant dans l’album que sur scène les œuvres écrites par Carlos Gardel restent minoritaires et une large place est faite à d’autres compositeurs à commencer par les membres du trio en personne. C’est cependant une chanson importante de Carlos Gardel qui ouvre le concert avec le thème Silencio composé en hommage aux soldats de 14-18 alors qu’il tournait un film à Paris en 1932. Sinon on retrouvera toujours de Carlos Gardel Sus ojos se cerraron où la trompette d’Airelle Besson brille de mille feux pendant que l’accordéon de Lionel Suarez tente d’apaiser l’ensemble. De son côté Vincent Ségal propose Air elle, solidement introduit au violoncelle avant l’arrivée de l’accordéon et de la trompette. Pour sa part Airelle Besson apporte le consistant Desert très apaisé et qui n’en finit pas de s’étendre derrière les murmures de l’accordéon, un régal de bout en bout dans ce contexte 100% acoustique. Chorinho para Toninho constitue l’apport de Lionel Suarez à la composition et son accordéon va y chercher des sonorités nouvelles et inattendues. Sur le final, le public ne se fait pas prier pour faire la rythmique en accompagnement des musiciens, la complicité est à son comble. Il faudra deux rappels pour contenter tout le monde sans compter que l’on sentait aussi une forte envie de jouer chez les musiciens qui nous ont offert quatre vingt dix minutes d’un concert aussi dense que beau

Ont collaboré à cette chronique :

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