(38) IsèreJazz à Vienne

15/03/2022 – Présentation de l’édition Jazz à Vienne 2022

Soirée très attendue si l’on s’en réfère à la salle du Manège qui affichait complet pour ce concert du duo complice André Manoukian et China Moses qui de plus bénéficiait en guise d’introduction d’une présentation du programme de la quarante-et-unième édition de Jazz à Vienne par son directeur artistique Benjamin Tanguy en co-animation avec Fréderic Goaty le rédacteur en chef de Jazz Magazine. Avec en point final les réactions  des vedettes de la soirée évoquant leurs propres souvenirs de Jazz à Vienne. Ils sont nombreux et précoces en ce qui concerne China qui toute jeune suivait sa mère Dee Dee Bridgewater lors de ses concerts au Théâtre antique ; en ce qui concerne André Manoukian, il se souvient avec émotion d’un concert de Frank Zappa dans ce lieu magique, antérieur à la création de Jazz à Vienne . (Pour le programme complet de Jazz à vienne voir ici…)

Deuxième introduction de la soirée avec un mini set parfaitement en place du groupe de jazz vocal Livi’zz, émanation du conservatoire de musique et de danse de Vienne : sept chanteuses et un discret accompagnement clavier, contrebasse et sax. Après quatre morceaux et seulement vingt petites minutes, le public est conquis et aurait bien repris un peu de rab …mais dura lex sed lex !

C’est André Manoukian qui ouvre seul et en traînant quelque peu en longueur le plat de résistance de la soirée, d’abord par de délicieuses improvisations au piano dont il a le secret avant de partir ensuite dans une séquence très one man show (style Patrick Timsit) ou il nous raconte la naissance du jazz à travers ses habituelles références philosophico-psycho-historico-musico-humoristiques qui nous conduit sinueusement vers son grand amour pour les chanteuses de jazz … tout cela pour introduire après trente minutes China Moses .

Les deux premiers titres interprétés figurent dans l’album de duo enregistré par André Manoukian en 2010, album dans lequel il faisait déjà une large place à China Moses avec trois titres et qui a marqué le début de leur collaboration scénique. Deux standards inoubliables le So in Love de Cole Porter (titre qui donne aussi son nom à l’album évoqué ici ) et Lullaby of Birdland immortalisé par Ella Fitzgerald. Le duo fonctionne à merveille et on sent la grande complicité qui s’est créé au fil des concerts, le piano d’André Manoukian venant toujours se couler dans les mots et le phrasé de China au bon moment. Le titre suivant rendu célèbre par Peggy Lee Why don’t you do right est un bon prétexte pour que China nous expose malicieusement son propre problème avec les pianistes en réponse à la fascination d’André pour les chanteuses. Retour à Cole Porter avec I’ve got you under my skin, autre standard repris par le duo sur « So in love ».

Toujours bienvenu dans un concert de jazz faisant une large place aux reprises une évocation de la plus révoltée des chanteuses de jazz Nina Simone avec ici le titre Don’t let me be Misunderstood , initialement chanté par le groupe de rock The Animals. Comme toujours avec China Moses, un clin d’œil appuyé est envoyé à Dinah Washington avec deux chansons avec lesquelles Dinah  a connu le succès et que China a reprise dans son album consacré à la chanteuse « This One’s for Dinah » en 2009  What a difference a day made et surtout  Cry me a river qu’elle met littéralement en scène comme une pièce de théâtre en trois tableaux sur le désamour. Transition soignée vers le succès de Ann Peebles et Tina Turner avec I can’t stand the rain, sur lequel le public participe allègrement et arrache un sincère « ça fait du bien … ! » à une China ravie de la réaction de la salle qui est prête à entendre l’explication de texte à deux voix des paroles ambiguës de My Funny Valentine, avant que la propre interprétation du duo touche au cœur sa cible à travers cette mélodie irrésistible et éternelle. Pour terminer, dédié aux célibataires actifs c’est Hot Stuff , le tube de Donna Summer que le public reprend aussi volontiers.

En rappel ce sera What a wonderful world et son message d’optimisme que le duo nous invite à partager et à garder en souvenir même dans ces temps troublés !

Au final un concert de deux heures qui grâce à la grande complicité d’André Manoukian et de China Moses aussi brillants par leur humour et leur présence que par leur musique et leur chant  a  su pleinement toucher et ravir son public.

Ont collaboré à cette chronique :

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