(69) RhôneDocks Circus

24/03/2022 – Youn Sun Nah au Docks Circus

Incroyable, je n’avais encore jamais vu Youn Sun Nah en concert à Lyon. Des bancs de l’église de Pavezin  aux gradins du théâtre antique de Vienne, des fauteuils de l’Opéra de Saint-Etienne aux chaises du festival de Crest, en salle ou en plein air, ce fut à chaque fois un ravissement.

L’heure est venue de découvrir les Docks Circus, voisin des Docks 40, les salles où JazzRadio organise ses « Docks Live Sessions ». Nappes blanches sur petites tables carrées, planches de charcuteries ou de fromages et carte des boissons, c’est donc en mode jazz club que nous sommes accueillis. Papilles satisfaites, place aux pupilles et aux oreilles… Il est 21h00…

Musiciens et chanteuse entrent en scène. Youn est assortie aux logos noir et blanc qui tapissent le fond de scène. C’est son  nouvel album Waking World  (voir chro de Michel Clavel ici) qui représente l’ossature du set en version quartet. Une voix toujours aussi unique qui charme, surprend, envoûte, étonne, déploie une incroyable palette,  du murmure au cri. Les « Bonsoir, vous allez bien ? », « Merci, merci beaucoup d’être venus. » sont toujours là (ils nous manqueraient s’ils n’y étaient pas…). Mais Youn a l’art de se renouveler. Sa discographie en atteste. Elle a enfin franchi le pas avec un album entier d’autrice-compositrice-interprète.

Le piano entame les premières mesures de Bird On The Ground rejoint par la voix de la chanteuse, les yeux clos, puis la basse et la guitare électrique. Un petit « tubular bell » donne la note cristalline de Heart Of A Woman entamé vocalement, puis avec synthé, contrebasse et guitare acoustique orientalisante. Plus sombre, plus âpre, la voix de Lost Vegas s’accompagne en alternance du Fender Rhodes et du piano face à la basse et la guitare. Une subtile introduction du pianiste annonce My Mother interprétée tout en émotion, nous offrant de bien beaux soli des trois musiciens. De petites percussions synthétiques ouvrent The Wonder* qui alterne scat endiablé et paroles chantées. La guitare électrique introduit le délicat I’m Yours, la voix s’envolant au dessus des arpèges.

Youn nous présente ses musiciens « qui sont extraordinaires » : Tony Paeleman aux claviers, Brad Christopher Jones à la basse et à la contrebasse, Thomas Naïm aux guitares. Le Fender Rhodes pose les bases de Lament** qui monte en puissance et dans l’aigu. Isaac Albeniz est magnifié par l’interprétation de son Asturias* électrifié en flamenco-rock d’une énergie communicative, Youn détachant même le micro de son support pour un scat ébouriffant, lâchant l’écheveau de son potentiel lyrique… Le public est aux anges ! La chanteuse annonce le dernier morceau Here Today*, joué tout en douceur. Il est l’heure du bouquet final offert par l’organisateur… « On salue, un , deux, trois ! » auquel répond « Une autre, une autre… »

C’est le somptueux Don’t Get Me Wrong qui conclut cette bonne heure de bonheur. Les musiciens assurent les chœurs. Nous nous contentons modestement de murmurer le refrain. Le charme opère toujours autant. Nombreux sont celles et ceux qui se dirigent vers la table des dédicaces. Ils ne verront plus le sourire et les fossettes sous le masque…

* album Immersion (2019)

** album Lento (2013)

Ont collaboré à cette chronique :

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