(42) LoireJazz à Montbrison

01/04/2022 – Kady Diarra « Burkina Hakili » au festival Jazz(e) de Montbrison

Si à l’extérieur le froid est bien là, ce n’est pas le cas dans le Théâtre des Pénitents où la musique est synonyme de fête et l’atmosphère se réchauffe très rapidement.

Après une entée plutôt discrète des musiciens, l’arrivée de Kady Diarra ne laisse personne indifférent. Drapée dans une robe en lamé dorée, cette belle femme à la présence hypnotique, au sourire chaleureux, tient toute sa place sur scène. Née au Burkina, elle a travaillé la danse, le théâtre et le chant.

Nous voilà, comme elle le dit si bien, un pied dans la tradition jazz et un pied en Afrique avec son dernier album « Burkina Hakili » (l’esprit du Burkina)

Le premier morceau pose l’ambiance de la soirée en dévoilant la diversité des instruments. Samba Diarra, derrière une batterie des plus sommaires composée d’un tom basse, d’une caisse claire, d’un charley et d’une calebasse sonorisée qu’il frappe avec le poing donnant un son très grave et envoûtant remplaçant la grosse caisse.Il joue également de la flûte africaine, sorte de flûte traversière en bois. Kassoum Dembélé quant à lui est au n’goni, cousin malien de la kora.

Vous l’aurez remarqué, sur scène c’est une histoire de famille, Kady chante avec ses neveux et, cerise sur le gâteau, avec sa fille choriste Assetou Koïta.

Kady ne manque jamais l’occasion de danser lors des chorus de chaque instrumentiste. Quelle belle énergie et quel sens de la fête à travers la musique. « La patience est un chemin d’or » nous explique-t-elle avant de nous entraîner dans Mougnoun, chanson qu’elle chantait avec sa mère et sa grand-mère. Thierry Servin (qui n’est pas un neveu mais fait partie intégrante de la famille) nous gratifie d’un beau chorus à la guitare accompagné au balafon par Kassoum.

Fanta le morceau suivant parle de la pauvreté. « Un pauvre a toujours des soucis mais sa force est la patience. On n’est pas pauvre, on est riche quand on a la santé contrairement à celui qui, à l’hôpital, a tout mais pas la santé. » Voilà de quoi méditer même si elle ne nous en laisse pas le temps, dansant avec sa fille sur une impro de Kassoum au djembé qui chauffe les danseuses et invitant le public à chanter. Le tout accompagné par le bassiste Moussa Koïta qui ne baisse jamais la garde et échange avec chaque musicien dès que l’occasion se présente.

Pour Kady, le Burkina est « le pays des hommes intègres ». Elle nous parle du problème de l’immigration, de la grande souffrance des peuples en Afrique comme en Europe, rappelant que des enfants perdent leurs parents et des parents perdent leurs enfants, et nous remercie d’être tous là ce soir !

Bi Bé Kè Di nous plonge dans ce monde et Samba nous montre les particularités de sa flûte et de son jeu d’une grande douceur et qui parfois lance de véritables sanglots poignants.

Comme l’exprime si bien Kady, c’est ça la vie ; on pleure et on rit.

Les percussionnistes intervertissent leurs places, les énergies se déplacent, les instruments sonnent différemment le temps d’un morceau. Parfois Kady s’empare d’un tama, instrument dont elle a appris à jouer avec son père. Lorsqu’elle propose au public de se lever, on entend presque le soulagement de chacun qui n’attendait que cet instant pour pouvoir enfin laisser son corps embarquer dans la transe. Kady invite une femme sur scène à danser avec elle et la joie se lit sur leurs visages ; quel beau partage. Un homme osera également venir montrer ses talents de danseur.

Les fauteuils resteront vides jusqu’à la fin, nous voilà transportés au Burkina dansant et chantant avec Kady.

Cette soirée est un hommage aux femmes et elle nous présente avec fierté et bonheur sa petite fille Jade qui du haut de ses trois mois fait déjà son show.

La salle était pleine pour cette dernière soirée de Jazz(e) à Montbrison avec une programmation de vrai jazz de grande qualité où un large public aura trouvé son compte. Comme quoi ça reste possible …

Merci à toute l’équipe du théâtre pour ces belles soirées et encore un grand merci à « Mamie » Kady et ses musiciens.

Ont collaboré à cette chronique :

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