(38) IsèreVoiron Jazz Festival

01/04/2022 – Voiron Festival jazz, une soirée hip hop en trois volets au Grand Angle

Un triptyque audacieux et ambigu pour cette soirée éclectique avec un point commun le rap/hip hop.

Electrophazz en intro, Mickaëlle Leslie & Eweeks les accompagnent, un mélange de jazz, soul et surtout hip hop dans une ambiance périurbaine et électrique. On navigue entre les genres, quelquefois très proches de la pop. Juste deux morceaux instrumentaux, Back to the future, extrait de leur futur album en préparation et l’autre une plage de leur dernier album Electric City. Ils laissent la place à Mickaëlle, qui nous fait un bel étalage du registre et de l’expressivité de sa voix. Elle emmène le public, l’engage à la suivre dans son appétit de danse syncopée. Un éclair de solo de batterie de Japhet Boristhène dans un pur style de David Weckl ou la puissance athlétique d’un Mike Portnoy, puis pour terminer un très long Hello to your lover, où Mickaëlle fait chanter le public, et donne l’illustration d’un registre jazzy rauque et coloré qu’on ne lui connaissait pas, mais du meilleur effet instrumental.

Line up : David Marion: claviers ; Yann Phayphet: basse ; Japhet Boristhène: batterie ; JeanAlain Boissy: sax ; Mickaëlle Leslie: lead vocal ; Eweeks: rap

Une seconde page avec James the prophet, nouvelle pépite du rap français, et son acolyte Pat the Kid.  Très dynamique, ces deux jeunes de vingt-et-un ans seulement, très reconnus par le monde du rap, et auréolés par leurs passages dans les médias comme Taratata notamment, semblent un peu surpris par la réaction de l’auditoire. Il semblait y avoir une incompréhension entre une large partie du public et ces deux jeunes à l’aube de leur renommée. On ne les sentait pas à l’aise dans ce festival. James faisait d’ailleurs souvent référence à leurs prédécesseurs d’Electrophazz ou les suivants d’Hypnotic Brass Band, en les faisant applaudir, comme pour se donner une forme de légitimité dans cet endroit. Une rencontre qui ne s’est pas vraiment faite. Dommage. Erreur de casting ?

Troisième volet, tout comme nous, la majeure partie du public était venue pour l’Hypnotic Brass Band. Christophe Moussé  les avait déjà chroniqués au Transbordeur en septembre dernier (voir ici).

Fait rare, ce sont six frères (tous les cuivres), présents sur les huit, tous fils du trompettiste de Sun Ra Phil Cohran, qui pourtant ne portent pas le même nom, car de mères différentes,  qui composent cet octet, accompagnés d’une basse et d’une batterie.

C’est un Brass Band très hip hop, emprunt d’une modernité musicale du son de Chicago. Une puissance rare se dégage de cette fratrie. Ils égrainent les pistes de leur dernier opus « Book of sounds ». Très funky dans leur entame, ils se font rappeur « subtil » tour à tour, mélangeant leurs voix à deux, ou tous ensemble. Ils se substituent aisément les uns aux autres dans leurs interventions. Ils jouent, chantent, dansent, sautent dans une hystérie diabolique communiquée au public. Cela respire la joie de vivre, une joie de vivre toute naïve et juvénile pour ces « gamins » surnommés les bad boys. Point commun à leur musique, le rythme préambule donné par la basse, répétitif et hypnotique, pour entrainer les cuivres dans une folie collective. Ils s’expriment dans un grand mélimélo de gestes, d’expressions, de cris, déambulant sur toute la largeur de la scène. L’heure tardive les arrête dans leur élan, au grand dam de leur public tout ébouriffé et frétillant.

L’un des frères, posté à la sortie distribuait des hugs à tous les spectateurs en guise de rappel, dans une fraternité gospélienne. Etonnant !

Line up : Saiph Graves: trombone ; Uttama Hubert: euphonium ; Taïk Graves, Gabriel Hubert, Jafar Graves: trompettes ; Justin Jones: saxophone ténor ; Kevin Hunt: basse ; Justin carter: batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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