(69) Rhône

29 et 30/04/2022 – Nicolas Bianco et Federico Casagrande à Agend’Arts (Lyon Croix Rousse)

A deux pas du Gros Caillou se trouve une petite géode entièrement dévouée à la promotion de la culture et à la découverte artistique. Lecture, musique, chansons, théâtre et danse y ont leur place ; l’association Agend’Arts organise pas moins de deux cent vingt soirées chaque saison ! Avec une jauge maxi de quarante neuf spectateurs, autant dire qu’on ne fait pas plus proche des artistes, pas plus propice à une écoute attentive. Le son est agréable, presque feutré, idoine pour le duo qui se produit ce soir : Federico Casagrande à la guitare électrique, Nicolas Bianco à la contrebasse.

Que de patience pour qu’enfin ils puissent partager en direct les parcelles de rêve concoctées pour leur dernier album en date : L’Homme Monotone, journal intime de la « traversée des parenthèses » de ces derniers mois, et bel hommage à Bill Evans. Nicolas entame la soirée avec l’Esprit du Jeu, issu de leur premier album, toujours aussi voluptueux avec son festival d’harmoniques, tant à la contrebasse qu’à l’accompagnement de la guitare. Les doigts caressent les cordes, les sons nous caressent les tympans, l’entrée en matière apporte déjà son lot de friandises acoustiques. Ruscello (la rivière) nous entraîne au fil de l’eau pour une déambulation qu’on imagine dans la douceur des hautes vallées, où la fougue du torrent s’émousse pour une flânerie sous les arbres alignés entre les pâturages ; la lumière est vive, les couleurs sont saturées, l’air est frais et limpide. Restons dans les montagnes avec Nistos, composition inspirée d’un poème écrit par l’oncle de Nicolas qui évoque ce petit village des Hautes Pyrénées, et qu’il nous lit avant de laisser la parole à quelques arpèges bondissants en cascades à la guitare, introduisant le thème où accompagnement et mélodie s’enlacent pour ne faire qu’un, en accord avec les mots prononcés plus tôt. Nicolas n’est jamais allé à Nistos et n’ira probablement jamais, il préfère s’accorder le privilège de l’imaginer pour ne pas dénaturer les souvenirs qui y sont attachés. Tout comme Ruscello, Simple Recall a été spécialement écrit pour Federico ; mélodie raffinée et sobrement joyeuse qui voltige au-dessus d’une ligne de basse taillée dans le velours. Accordi di Colore illustre l’accord des couleurs dans toutes ses acceptions : couleurs sonores, couleurs des arts graphiques ou de la nature, couleurs de peau, qui sont faites pour créer de l’harmonie. Un petit solo malicieusement intitulé Oslo, et le set se termine déjà avec 18 avril, somptueuse conclusion, avec, suprême délice, une coda qui n’en finit pas de s’étirer jusqu’à n’être plus que le murmure des doigts sur les cordes. Il faudra plusieurs longues secondes au public pour oser troubler le silence qui s’ensuit par des applaudissements nourris.

Sans aucun doute, l’Homme Monotone s’avère excellent compagnon de rêverie ou de divagation poétique.

Le duo se produira le lundi 11 juillet à 18h00 à l’église Saint André le Bas de Vienne, dans le cadre de Jazz sur la Ville, organisée par le festival Jazz à Vienne.

Ont collaboré à cette chronique :

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