(42) LoireLe Solar

11/06/2022 – EYM Trio & Varijashree Venupogal au Solar

EYM trio, c’est ce parfum de voyage, avec un grand V.

Je vous invite d’emblée à (re)découvrir leurs Nomad Sessions, qui sont de vrais petits bijoux.

Le concept : jouer et s’enregistrer dans des lieux, pas si communs que cela, et en plein air, entourés de la foule ou en milieu plus désertique, cela peut être dans une rue qui grouille de Bengalore en Inde, sur une plage d’Indonésie, carrément au bord d’un volcan, dans un quartier de New York…

Ce soir, on les découvre avec Varijashree Venupogal, chanteuse flutiste et compositrice indienne, qui a elle aussi, déjà tant joué et voyagé.

C’est l’un des derniers concerts de leur tournée. Il y a quelques jours de cela, ils étaient encore à Amsterdam!

La salle est pleine, il manque des chaises même. Il fait bon, il y a dans l’air cette ambiance de début d’été.

Les instruments sont installés. Les cymbales reflètent leur or dans la lumière des projecteurs. Tout est prêt.

Ils démarrent leur concert à trois, une manière délicate de nous dire bonjour, tout en douceur. On plonge avec eux.

Puis Varijashree arrive au second morceau, et se présente à son tour.

Elle a une voix d’une clarté peu commune, et en même temps, emprunte de beaucoup de simplicité.

Elle vous projette dans sa musique, son univers, et en fermant les yeux, vous vous retrouvez très vite à voyager très loin.

Beaucoup des compositions sont d’Elie Dufour (aux claviers) , comme Emile, une très belle ballade dédiée son fils, on entendra aussi entre autres I’m travelling alone et Still Standing de Marc Michel (le batteur), et un morceau proposé par la chanteuse, sur le dieu Krishna, divinité très importante en Inde, et clairement lié à la religion hindouiste, içi ré-arrangé par elle et Elie.

A quatre, Ils se jouent des cultures, et osent mélanger, proposer, créer, et opposer.

Sur un socle jazz évident (Avishai Cohen et E.S.T. trio ne sont jamais très loin), déjà emprunt de références musicales d’autres pays (Eym, à la base, est déjà un jazz métissé) , j’entends aussi par dessus jusqu’à des effluves de rock, dans leur énergie à jouer, en plus de pointes classiques et de moderne.

Varijashree qui il parait a beaucoup étudié la tradition carnatique* parvient de son côté à s’adapter parfaitement avec le groupe.

Sa culture à elle, et leur bagage musical se mélangent habilement, jusqu’au dernier morceau (pré-bis), où elle joue magiquement de la flûte carnatique, (le bansurî, instrument en bambou) qui était cachée dans le piano. Peut être tout simplement parce que la musique indienne est faite elle aussi d’improvisations, d’ornementations, de variations de rythmes, d’expositions de thèmes, de climax, et de virtuosité, (cf. aux ragas de la musique classique indienne).



Ce soir, on entend beaucoup de contrastes, de silences, d’envolées de gammes (l’agilité d’Elie sur le clavier est toujours un régal), et de mélodies entêtantes, comme sur ce thème de Namaste! qu’on reconnait rapidement.

Les nuances font plaisir à entendre. La subtilité du jeu du batteur (qui nous a fait un superbe solo dans l’un des derniers morceaux), la manière du pianiste de faire sonner son instrument, utilisant beaucoup les aigus, tessiture où les mélodies ressortent si bien, la vraie voix chantée de la contrebasse de Yann Phayphet….

Bref, les musiciens sont en osmose du début à la fin, et en territoire conquis.



Elie s’est aussi fait fabriquer un système qui permet de reproduire comme un son de piano préparé. Il se retrouve avec un instrument encore plus large sur le plan sonore et en potentiel d’effets vibratoires, à l’aide seulement d’une pédale ajoutée, que je commence à lui envier.

Pour finir sur une citation, « Art is creating conditions that do not quite exist » (de Carl Andre, peintre sculpteur américain) 

Que je traduirai : « L’art crée des conditions qui n’existent pas à la base » Voilà comment ils illustrent ceci ce soir. C’est de leur propre création. De la vraie musique, dans laquelle on a plaisir à nager, se laisser transporter.
On leur fait confiance, ils savent où ils nous emmènent, sur cette plage déserte où reposent quelques barques colorées, dans cette rue où des buffles marchent aux côtés des passants, à leur propre rythme, où un klaxon vient réveiller soit une torpeur endormie ou ajouter au vacarme ambiant, où au détour d’une odeur, d’une épice, d’un parfum, on se laisse aller.

En attendant leur quatrième album, longue vie à leur musique!

 

*: https://fr.wikipedia.org/wiki/Musique_carnatique

Ont collaboré à cette chronique :

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